Les mains sur les genoux, sa grosse tête inclinée, il obéissait aux cahots de la diligence. Nous croisions des troupeaux d’oies grises à ventre blanc qu’effrayait le bruit des grelots sonnant aux colliers des trois chevaux.


A partir de la première gare où nous prîmes le train, à presque chaque station je ne fis que retrouver des élèves, — je ne dis pas : des camarades, — plus jeunes ou plus âgés que moi. Refrogné dans un coin, avec Berlâne toujours en face de moi, je les laissais causer, s’épanouir et rire. L’un d’eux me demanda :

— C’est un nouveau que tu amènes ?

Je fus sur le point de répondre :

— Oui. Et nous l’appelions Berlâne.

Je ne doutais point que le mot n’eût fait fortune. Mais, me retenant, je me contentai de dire :

— Oui. Nous sommes du même pays.

Et je fus stupéfait de le voir, toute sa timidité d’autrefois disparue, prendre contact et causer avec eux, au bout de quelques minutes, comme s’il les avait connus depuis très longtemps. C’était moi qui avais l’air d’être le nouveau.

J’affectai de me désintéresser de leur conversation et regardai défiler ces paysages qui ressemblaient de moins en moins à mes horizons familiers. Je sentais qu’à mesure que je m’éloignais de mon véritable pays, Berlâne se rapprochait de celui qui deviendrait sa terre d’élection.