Il s’y apprêtait quand je fis un bond de côté.

— Ne me touche pas ! Laisse-moi tranquille ! criai-je.

Il fut peiné. Il se demandait ce qu’il avait pu me faire.

— Je ne t’en ai pas jeté, me dit-il.

Je lui répondis :

— J’aurais préféré que tu m’en jettes !

Cette fois il ne comprit plus du tout. Il s’en fut avec sa grosse tête aux longues oreilles que je regrettais de n’avoir pas eu l’occasion de frotter au sang.

XIII

C’était à la récréation du soir, en mai.

Tout à l’heure, à la prière du mois de Marie, nous avions vu l’autel orné de fleurs. On nous avait lu un chapitre du merveilleux récit des apparitions à la grotte de Lourdes. Bernadette avait contemplé la Vierge vêtue d’une longue robe plus blanche que la neige des montagnes ; sur chacun de ses pieds s’épanouissait la rose mystique, et elle portait une ceinture couleur du ciel bleu. Nous avions récité ses litanies et je l’avais vue à mon tour pâle comme l’étoile du matin qui descend vers l’horizon, rose comme la rose qui pousse non loin des vignes d’Engaddi quand, le printemps venu, les pluies se sont dissipées. Ses yeux étaient ceux des colombes. J’étais dans un pays d’enchantement. Je marchais parmi de grands lys sous les cèdres. Descendant de la montagne des aromates chantée par Salomon, des torrents de poésie soulevaient mon âme et l’emportaient comme une feuille. L’époux conjurait les filles de Jérusalem, et les chevreuils, et les cerfs de la campagne de point réveiller sa bien-aimée, et de ne la point tirer de son repos jusqu’à ce qu’elle le veuille.