Je ne sais ce qui m’empêcha de me jeter à son cou. Je me mis à trembler. A grand’peine je retenais mes larmes. Mais je ne pouvais pas encore me résoudre à lui faire l’aveu de ma méchanceté. Je lui dis seulement :

— Il ne faut pas avoir de ces idées. Tu ne vas pas mourir.

Il me répondit :

— Je le sens bien. Si l’on me laissait m’en aller chez nous !…

Jouassin passait alors à côté de nous, courant après la balle. Il cria : « Berlâne ! » Cette fois je me précipitai vers lui en serrant les poings, dont je me serais aussi bien martelé la poitrine.

— Essaie un peu de répéter ! lui dis-je.

Il me regarda, dut voir que pour l’instant j’avais cessé d’être celui à qui l’on peut impunément briser le verre de sa montre, et s’éloigna en haussant les épaules, mais sans rien dire.

XIV

Le lendemain, jour de la visite hebdomadaire, le médecin fit entrer Berlâne à l’infirmerie. On jugea inutile d’en avertir sa mère : cette toux, bien que persistante, n’était pas grave. J’allai le voir tous les jours. Il commençait à me parler de notre pays, des rues, des chemins, des jardins qui sont sous le cimetière. Il me disait :

— Le vôtre en est tout près. Quand tu iras…