Quand le printemps fut venu, il trouva la paix sous les marronniers en fleurs. A mesure qu’il faisait plus chaud, notre besoin de mouvement et de jeux parfois brutaux s’apaisait. Dans la poussière nous nous asseyions le dos au mur. Lui, tout seul, faisait des petits tas de sable et de belles fleurs rouges qui, prématurément, à un souffle de brise, tombaient des branches.


Son écriture était anguleuse et nette. Ses livres, soigneusement recouverts de ce papier glacé dans lequel on enveloppe les paquets de biscuits, n’avaient pas une tache. Mais, quoiqu’il fût plein de bonne volonté, il comprenait difficilement les données des problèmes et n’avait pas beaucoup de mémoire. Même lorsqu’à force de s’appliquer il avait fini par apprendre sa leçon, il ne pouvait la réciter. Dès qu’il voyait arriver son tour il se mettait à trembler. D’habitude, il bégayait un peu, mais alors son émotion était si forte qu’il ne pouvait prononcer trois mots de suite.

Le frère disait à Mme Dumas :

— C’est sa timidité qui lui fait le plus de tort.

Il ne pouvait pourtant pas ajouter :

— Et surtout il n’est pas intelligent.

Mme Dumas se serait sans doute fâchée. Il faut connaître les parents et ménager leur susceptibilité.

Il ne quitta point la dernière table. Tous les samedis, d’après les notes de la semaine, nous changions de places, le premier occupant le bout de la première table, près du bureau du frère. Les plus dissipés, qui avaient les moins bonnes notes, étaient les plus éloignés de toute surveillance. Quel supplice pour Berlâne d’être à côté d’eux !