30. — Et l’on voyait le prix des paroles par le trou qu’elles faisaient.

31. — Mais je me penche, parmi tous les êtres, sur les animaux.

32. — Je le dis parce que cela est.

33. — J’ai plongé mes regards en eux avant d’oser les lever à ma hauteur sur les figures des enfants et des hommes.

34. — Le matin, ils ont faim, et réclament.

35. — Ils disent des choses évidentes. Ils sont notre vérité enfant. Ils sont des justes.

36. — Et debout entre le soleil et la crèche (et un bouquet de paille par terre brûle de soleil), je parle à l’âne, disant : tu es quelqu’un de très pauvre, couleur de cendre. Tu avances la tête, et le bout de ton museau est un nègre. Tu es posé sur de petites pattes et tu n’as que des talons. Ta peau est usée jusqu’à la corde, qui remue parfois toute sur ton dos et sur le ballon de ton ventre, comme s’il y avait une main dessous. Nous sommes aussi ignorants l’un que l’autre. Mais mon ignorance à moi est épaisse, la tienne, transparente.

37. — Nous aussi, nous demandons. Mais nous, qui savons trop de choses, nous ne savons pas bien quoi nous demandons.

38. — Ici-bas, nous les riches, vous les pauvres. Mais nous sommes pauvres de notre richesse. Vous êtes riches de votre pauvreté.

39. — Et l’âne regardait ma main qui allait vers sa tête, et il était gêné, parce qu’il n’avait pas de main. Et son péché c’était de ne pas parler.