Après avoir regardé passer les bêtes et les promeneurs, on regarde le temps qui passe, on regarde tout.

On voit la vie des choses, on assiste à la nature, mêlée aux climats, mêlée au ciel, teinte par les saisons. Nous nous sommes attachés à ce coin de pays où le hasard nous a maintenus, au milieu de nos perpétuels errements, plus longtemps et plus en paix qu’ailleurs, et ce rapprochement nous rend sensibles à toutes ses nuances. Déjà, le mois de septembre, lendemain d’août et veille d’octobre et qui est par sa situation le plus émouvant des mois, parsème les beaux jours de quelques fins avertissements. Déjà, on comprend ces feuilles mortes qui courent sur les pierres plates comme une bande de moineaux.

...En vérité, on s’est habitué, ces lieux et nous, à être ensemble. Tant de fois transplantés, nous nous implantons ici, et nous ne pensons plus réellement au départ, même lorsque nous en parlons.

—La onzième Division est bien restée un mois et demi au repos, dit Volpatte.

—Et le 375e, donc, neuf semaines! reprend Barque, irréfutablement.

—Pour moi, nous resterons pour le moins autant, pour le moins, je dis.

—On finirait bien la guerre ici...

Barque s’attendrit et n’est pas loin de le croire:

—Après tout, elle finira bien un jour, quoi!

—Après tout!... redisent les autres.