Il renifle, pense, hochant lentement la tête sans pouvoir s’arrêter.
—C’est quand y a plus rien qu’on comprend bien qu’on était heureux. Ah! était-on heureux!
Il vient à moi, rit nerveusement.
—C’est pas ordinaire, ça, hein? J’suis sûr que tu n’as jamais vu ça: ne pas retrouver sa maison où on a toujours vécu d’puis toujours...
Il fait demi-tour, et c’est lui qui m’entraîne.
—Ben, fichons l’camp, puisqu’y a plus rien. Quand on regard’ra la place des choses pendant une heure! Mettons-les, mon pauv’ vieux.
On s’en va. Nous sommes les deux vivants faisant tache dans ce lieu illusoire et vaporeux, ce village qui jonche la terre, et sur lequel on marche.
On remonte. Le temps s’éclaircit. La brume se dissipe très rapidement. Mon camarade qui fait de grandes enjambées, en silence, le nez par terre, me montre un champ:
—Le cimetière, dit-il. Il était là avant d’être partout, avant d’avoir tout pris à n’en plus finir comme une maladie du monde.
A mi-côte, on avance plus lentement. Poterloo s’approche de moi.