Les camarades ont entendu. Ils ne conversent plus entre eux qu’avec distraction, l’oreille ailleurs, et, inconsciemment, se rengorgent.

L’instant d’après, l’homme et la femme qui émettaient ces commentaires, penchés vers nous, les coudes sur le marbre blanc, nous interrogent:

—La vie des tranchées, c’est dur, n’est-ce pas?

—Euh... Oui... Ah! dame, c’est pas rigolo toujours...

—Quelle admirable résistance physique et morale vous avez! Vous arrivez à vous faire à cette vie, n’est-ce pas?

—Mais oui, dame, on s’y fait, on s’y fait très bien...

—C’est tout de même une existence terrible et des souffrances, murmure la dame en feuilletant un journal illustré qui contient quelques sinistres vues de terrains bouleversés. On ne devrait pas publier ces choses-là, Adolphe!... Il y a la saleté, les poux, les corvées... Si braves que vous soyez, vous devez être malheureux?...

Volpatte, à qui elle s’adresse, rougit. Il a honte de la misère d’où il sort et où il va rentrer. Il baisse la tête et il ment, sans peut-être se rendre compte de tout son mensonge:

—Non, après tout, on n’est pas malheureux... C’est pas si terrible que ça, allez!

La dame est de son avis: