Estoit couvert de cheveux ondelez,
Nouez retors, recrespez, annelez,
Un peu plus noirs que de blonde teinture.
MARGUERITE DE VALOIS à 20 ans
Crayon de la Bibliothèque Nationale attribué à François Clouet
Sur ce chapitre des atours et de la majesté, Brantôme ne tarit pas: «Je croy, s’écrie-t-il, que toutes celles qui sont, qui seront et jamais ont esté, près de sa beauté sont laides.» Rien n’y manque en un mot. Elle a le visage, la taille, le maintien, la démarche, tout ce qui fait l’honneur et la grandeur des rois. Et c’est ce que tout le monde peut voir, mais le reste! Il n’en parle que par induction, le mécréant, mais non sans grâce: «Celles qui sont secrettes et cachées sous un linge blanc et riches parures et accoustremens, on ne les peut dépeindre ni juger sinon que très belles et singulières aussi, mais c’est pour foy créance et présomption, car la vue en est interdite. Grande rigueur pourtant que de ne voir une belle peinture faite par un divin ouvrier, qu’à la moitié de sa perfection, mais la modestie est louable, vérécondie l’ordonne ainsy qui se loge plus volontiers parmy les grands, princesses et dames que parmy le vulgaire.» En d’autres lieux le bavard écrira précisément le contraire, mais il le dira si drôlement que nul n’y trouverait à redire, Marguerite même ne l’eût su faire.
Elle était le portrait de sa mère Catherine avec les yeux des Valois, ce qui les a fait confondre par les meilleurs juges, entre autres M. Niel[27]. Elle avait à ses vingt ans le nez fort, la bouche sensuelle et rouge, un bel ovale de visage, mais je ne sais quoi de vulgaire et de gros dont nous ne saurions faire la beauté suprême. Méfions-nous toujours des opinions anciennes: nous ne voyons plus de même; ce qui reste acquis, c’est que l’avis de Brantôme n’est pas isolé. Don Juan d’Autriche, qui la connaissait, assurait, dans son langage espagnol, que cette charmeuse, plus divine qu’humaine, était mieux faite pour damner les hommes que pour sauver leur âme. Les ambassadeurs turcs, amoureux des formes opulentes, restèrent stupéfaits en sa présence; elle les étonna surtout de son air royal et de sa démarche; ils convinrent que le Grand Seigneur se rendant à la mosquée en superbe équipage ne la dépassait pas. Sur ces propos colportés dans les cours de l’Europe, on vit un Napolitain l’attendre deux mois pour l’apercevoir dans un défilé, et quand il l’eut entrevue, il la compara à cette princesse de Salerne qui attirait à Naples les voyageurs de toutes les parties du monde.