Qui luyt en eux et qui les illumine[13].
Deux ans après la misérable odyssée de son père, Diane de Poitiers a été portraite dans le célèbre album de Mme de Boisy. Elle a vingt-cinq ans, elle est toute rayonnante de jeunesse, mais elle n’est point encore célèbre. Coiffée du chaperon à templette, qui allait devenir l’ajustement ordinaire des coquettes pendant près de vingt ans, décolletée au carré et laissant paraître sa gorge arrondie, la grand’sénéchale est une bourgeoise qui ne rit pas; rien ne peut faire prévoir la future dame d’Anet, la duchesse de Valentinois, la maîtresse redoutée du roi Henri. Au bas du dessin, l’auteur des devises écrit cette phrase ambiguë:
Belle à la voir,
Honneste à la hanter.
Honneste à la hanter ne signifie malheureusement pas grand’chose dans la langue de Brantôme.
Tant que son mari vécut, elle fit peu parler d’elle. Le sénéchal de Normandie n’était point homme à porter facilement l’infamie; on prétend d’ailleurs que Diane aimait son mari et qu’elle lui sacrifiait ses ambitions. Mais elle tenait à la cour un rang prépondérant; elle avait cette grâce suprême des femmes à la mode, une langue suffisamment affilée pour paraître spirituelle. Les poètes aimaient à jouer sur le nom de Diane, cher aux amis de l’antiquité. A trente ans, l’âge terrible, elle perdit Louis de Brézé et mena un deuil bruyant, éleva des mausolées dignes d’Artémise, sema ses tapisseries et ses livres de devises où l’on voyait un arbrisseau sortir d’une tombe avec la légende «sola vivit in illo», Elle vit en lui seul. Et puis l’apaisement se fit; elle reprit des charges à la cour, rentra dans la vie, plus libre, recherchée de tout le monde, assaillie d’amoureux trop médiocres pour qu’elle songeât de leur sacrifier la mémoire du sénéchal.
Et tout à coup, vers les trente-six ou trente-sept ans, au moment précis où fut dessinée, par Jean Clouet peut-être, la figure ici reproduite, on la donna comme compagne au jeune Dauphin Henri, qui était demeuré un enfant triste et doux, sans volonté et sans initiative. Son rôle devait être de le dégourdir, ou comme on disait alors, de «moyenner» son éducation mondaine. Qu’y avait-il à craindre d’une dame dont les deux filles, à peu près du même âge que le prince, cherchaient des épouseurs depuis une ou deux années? Les relations commencèrent en tout bien tout honneur; le prince se laissa doucement caresser par cette opulente matrone qui avait le mot gai et la phrase leste, peu ou point de scrupules, et que les ambitions de l’âge mûr mordaient cruellement. Elle eût pu être sa mère, elle devint sa confidente, sa conseillère intime, et s’abandonna certain jour au jouvenceau, en pesant les conséquences probables de sa chute.
C’est l’automne de sa vie, mais un automne plein de soleil et de fleurs; Marot le lui dit en vers charmants pour les étrennes de l’année 1538:
Que voulez-vous, Diane bonne,