En quelques heures tout le peuple passa et s’étendit en longue colonne brune au travers du bois: les flancs étaient guidés et éclairés par de vaillants soldats. Avant de quitter la rive opposée à notre fourmilière, je jetai un coup d’œil en arrière: l’eau gagnait, gagnait... Les travaux les plus profonds étaient sous l’eau; quelques fourmis même avaient été surprises et noyées... Je vois leurs cadavres tournoyer dans le torrent!!...
La pluie tombait toujours! Nous entendions distinctement les grognements des Hippopotames du fleuve voisin, qui se réjouissaient évidemment d’un temps si agréable pour eux, en ce qu’il allait étendre leur domaine sur tout le pays.
Nous n’étions pas les seuls à fuir devant l’inondation. De toutes parts les animaux les plus différents fuyaient tous dans le même sens... et l’eau grondait et envahissait de plus en plus la terre. Enfin, un flot vint qui déborda du fleuve par une nappe énorme... ce fut comme un torrent qui emportait tout sur son passage...
Alors j’assistai à un admirable spectacle.
On voulut bien m’admettre à prendre part au salut commun et j’en aurai, toute ma vie, une éternelle reconnaissance à mon amie.
NOUS NOUS TROUVAMES A FLOT!.....
Toutes les fourmis chasseresses étaient montées sur les plus hautes herbes, sur les plus hauts arbres et toutes montaient à la file. Arrivée en haut, une fourmi se cramponnait par les mandibules; puis, à ses membres et à son corps se cramponnaient les petits, les faibles, les ouvriers, jusqu’à ce que l’ensemble formât une boule de la grosseur d’une pomme. A l’extérieur sont les forts et les soldats. Je fus compris au nombre des petits et mis à l’intérieur. Je portais et j’étais portée: la manière dont nous étions entrelacés est tellement ingénieuse que l’effort est insignifiant et que l’on peut tenir très longtemps cette position sans ressentir une fatigue capable de vous faire lâcher.
Au signal donné, dès que la boule fut assez grosse, la première fourmi lâcha prise, et l’eau montant toujours nous nous trouvâmes à flot, roulant au milieu des courants du grand fleuve débordé.