—Reposons-nous d’abord!... Quel cataclysme!! mon Dieu!...

Et je repris haleine, en écoutant de toutes mes oreilles les bruits du vaisseau. Il me semblait entendre des voix qui parlaient français: c’eût été trop de chance!... J’écoutai encore, mais tout bruit cessa: la cale était silencieuse; aussi je m’endormis...

Tout à coup, un grincement effroyable me fit tressaillir; j’ouvre les yeux; c’est le câble, mon voisin, par lequel je suis monté là, qui grince en passant... Que fait-on?... on le remonte, l’ancre avec... donc, nous appareillons?...

Hélas! où allons-nous?...

Qui le sait?... Une heure après, nous étions en pleine mer, à la grâce de Dieu. Voilà tout ce que je savais.

Ce fut une dure et longue traversée de près de trois mois: je ne revis même plus mes compagnons. Ont-ils été tués? ou la nourriture leur a-t-elle manqué dans les réduits qu’ils ont pu trouver? je ne sais. Nous nous trouvions sur un bateau à vapeur; aussi je vivais, jour et nuit, au milieu du fracas des machines, de l’odeur de l’huile et de la fumée... Ce n’était point agréable pour une fourmi. La seule consolation que j’appréciasse était la jouissance d’une température chaude, excellente, analogue à celle de nos meilleures journées de soleil au printemps. J’en jouissais, sans mot dire, me cachant, me faisant bien petit, d’abord pour sauver ma peau, et puis pour apprendre où j’allais. Je ne pouvais l’apprendre que par hasard et parce que l’on ne se défierait point de moi. Il fallait attendre tout du hasard et de mon adresse...

Quant à vivre, je trouvais partout à manger: il faut si peu de chose pour contenter une fourmi!

Enfin—car tout prend une fin en ce monde!—nous arrivons, évidemment dans un port, puisque j’entends filer l’ancre, stopper et venir à quai... Ah! ah! c’est le moment d’ouvrir une oreille attentive.....

Des employés de la douane, des inspecteurs de santé arrivent à bord.....

O malheureuse destinée! Tout ce monde parle anglais!!!... Hélas, on a négligé de m’apprendre cet idiome dans ma lande de Pora!!! Comment faire?...