XX
RETOUR AU PAYS.—REVOIR LA LANDE DE PORA ET MOURIR.
Toute chose a son revers!
Certes, je vivais au milieu de la plus belle nature qui se puisse voir; mais déjà deux mois s’étaient passés et non sans désenchantement. Jamais on ne pourra se rendre un compte exact de la population qui grouillait sous les plantes et les herbes qui couvraient le sol. Je ne pourrais plus compter le nombre de fois où je jouai ma vie dans une fuite précipitée, agrémentée de toutes les ruses que me fournissait mon cerveau.
Sous les pierres c’était encore pis! Je ne rencontrais que serpents, que scorpions, que centipèdes, que tarentules gigantesques... Jamais l’imagination des hommes n’a inventé de monstres plus horribles que tous ceux-là!
Il ne faut pas se dissimuler, non plus, que je vieillissais: mes anciennes blessures me faisaient souffrir et se rouvraient quelquefois; les rhumatismes étaient venus, et je sentais bien que ma légèreté me faisait défaut dans mes nombreuses escarmouches. Je le compris... il était temps de regagner le pays natal.
Comment faire?
Je me rapprochai de l’habitation: maintenant, j’en connaissais tous les abords.
L’occasion ne tarda pas à se présenter, plus belle que je n’aurais osé l’espérer. Mon ancien hôte, le cavalier, repartait pour la France et devait en ramener sa femme et ses enfants, et s’établir dans une habitation voisine qu’il avait achetée. Je résolus de le suivre.
Remonter dans ma poche de cuir, être emporté par lui à cheval fut l’affaire d’une minute.
Je ne pus pas partir sans jeter à cette belle nature un dernier coup d’œil auquel se mêlait, malgré tous mes ennuis, un sentiment de regret. Un léger brouillard d’automne glissait, lentement chassé par la brise du matin et, après les adieux, le silence de la plaine ne fut interrompu que par les cris des oiseaux rieurs et des Kacatoës qui se répondaient d’arbre en arbre; par ceux des canards sauvages qui s’ébattaient sur les rives du Yarra dans les joncs et les lagunes. Quelle grandeur dans ce silence! Il me fit penser à la lande de Pora: elle aussi était belle au matin, enguirlandée des fils de la Vierge, emperlée de rosée!