L’oiseau s’arrêta un moment, me regarda de ses grands yeux intelligents et me répondit:
—Vous ne me connaissez donc pas?
—Non, en vérité.
—Pauvre enfant! vous êtes jeune, je le vois bien. Apprenez donc que je me nomme l’Alouette: c’est moi qui chante l’Angélus des oiseaux, le matin, à midi et le soir.
—Merci, madame l’Alouette; moi, je m’appelle Pierrot.
—Je le sais bien, fit-elle. Vos pareils ordinairement ne valent pas grand’chose, mais...
—Il y a des exceptions, Madame, je vous l’assure.
—Je veux bien vous croire.
Tandis qu’elle parlait dans son gentil langage, je la regardais attentivement. Sur sa tête gracieuse se dressait une huppe formée de plumes élégantes; sa robe était grise; grivelée de deux ou trois tons tirant un peu sur le jaune et donnant à sa parure une couleur tellement semblable à celle de la terre, que si je m’éloignais d’elle de quelques pas, sa voix seule m’indiquait sa présence. Gracieuse dans toute sa personne, un seul détail me choquait par sa singularité: c’était la longueur démesurée de son pouce, plat et armé d’un ongle sans courbure plus long que son doigt. Je lui en fis l’observation, et elle m’expliqua que, grâce à cette conformation spéciale, les doigts de l’alouette ne peuvent se fermer comme les nôtres et former une pince par leur opposition avec le pouce. Aussi l’alouette ne peut-elle pas embrasser une branche sous sa patte et est-elle obligée de ne jamais percher.
—Vous passez donc votre vie à terre? lui demandai-je.