—Mais oui.

—Ce doit être bien fatigant, marcher sans cesse dans les terres labourées?...

—Non, parce que notre pouce, qui vous semble un embarras, je le vois bien, nous soutient sans effort sur les terrains mous et sableux.

Tout en devisant ainsi, nous quittions le champ et descendions sur la route, auprès d’un cantonnier qui cassait des pierres et dont l’Alouette n’avait pas peur. Elle le connaissait depuis longtemps, et souvent, pendant son dîner, le bonhomme lui donnait des miettes de pain noir qu’elle s’empressait, me dit-elle, de distribuer à ses petits. Une voiture vint à passer; nous nous envolâmes, moi sur un buisson de la haie voisine, elle dans les airs, me disant, en partant, de sa douce voix flûtée:

Attends-moi, mon ami...

Attends, attends-moi...

Je vais chanter au ciel

Et je reviens à toi!

A toi! à toi!

Et elle ouvrit ses ailes longues, vigoureuses, infatigables. Je la regardais ébahi monter, monter, monter toujours, et me sentais envahi, je ne sais pourquoi, par une poignante inquiétude. Comment la tête ne lui tourne-t-elle point?... Pendant ce temps, elle montait toujours, décrivant des cercles gracieux dont chaque tour l’élevait davantage et faisant entendre sa voix qui, malgré l’éloignement, m’arrivait toujours aussi nette, aussi distincte, aussi forte! Ce fait me remplissait d’étonnement; mais depuis j’ai, un jour, entendu un homme très savant me dire que ce fait était inexplicable pour lui,—ce qui ne m’étonne pas, puisqu’il l’est bien pour moi! Aujourd’hui, je regrette vivement de n’avoir pas songé à demander à ma chère Alouette comment elle accomplissait ce tour de force.