Elle monta ainsi à plus de mille mètres de hauteur. Un quart de lieue en l’air! Je ne la voyais plus, mais je l’entendais toujours, et pendant une demi-heure elle chanta, sans effort, sans fatigue apparente. Ses thèmes étaient toujours variés, mélodieux, tendres et limpides, quoique tristes. Bientôt j’entendis aussi les autres alouettes de la plaine qui, comme elle, chantaient en montant vers les nuages et comme elle obéissaient sans doute au besoin inné et instinctif qu’elles ont de se balancer de temps en temps dans un air plus pur que le nôtre. Je l’appelai de ma voix la plus forte:
—Reviens, amie! descends!
Quel enfantillage! Je ne réfléchissais pas qu’elle ne pouvait m’entendre, puisque j’ignorais l’art de faire porter ma voix aussi loin que la sienne. Tout à coup j’entends au-dessus de ma tête un cri d’effroi, un qui-vive strident poussé par une hirondelle qui effleurait mon buisson... A côté de moi, une bergeronnette, se balançant sur un tas de pierres, répond par un appel perçant et s’envole... Que veut dire tout cela?
Blotti parmi les épines de mon buisson, je suivais de l’œil ma nouvelle amie, qui apparaissait comme un point noir dans le bleu du ciel; je l’apercevais prête à redescendre, quand soudain un oiseau beaucoup plus gros que nous, doué de grandes ailes pointues et armé d’un bec crochu et formidable, passa, rasant la haie dans laquelle je me cachais...
L’effroi paralysa mes sens, quand j’entendis le bonhomme de cantonnier, auprès duquel l’oiseau volait, marmotter entre ses dents:
—Gredin d’émouchet! va!... N’attaque pas mon Alouette, au moins, car tu aurais affaire à moi!
De ses yeux perçants, l’émouchet avait vu mon amie. Il bondit et s’élança dans la nue, obliquement, sans cependant perdre de vue la pauvrette, qui, d’un coup d’aile rapide, monta au plus haut du ciel. L’émouchet courut alors une bordée qui le rapprochait d’elle; mais, tout à coup, l’Alouette plia ses voiles, et, comme une pierre qui tombe, d’un coup elle arriva au pied de la haie. Ouvrant alors ses ailes à quelques pas de terre, elle amortit sa chute et, d’un revers, se blottit dans les hautes herbes. Elle y arrivait à peine que l’émouchet tombait à son tour, mais trop tard! Malgré ses yeux jaunes, féroces et inquisiteurs, qui luisaient comme des escarboucles, il n’aperçut pas l’Alouette, blottie et immobile.
COMBIEN J’ÉTAIS HEUREUX DE VOIR LE BRAVE CANTONNIER...