—Non, me dit-elle, nous changeons de canton; les unes se rapprochent des bords de la mer, les autres recherchent les endroits où les blés d’hiver leur permettent de fourrager pendant la froide saison.

—Du courage! ma chère amie; quittez, au contraire, ce pays de malheur; partons ensemble pour voir le monde, le temps amène un adoucissement aux plus grands maux.

—Non, mon ami, je demeure: parmi les miens, je serai peut-être moins malheureuse.

Tout ce que je pus ajouter pour la convaincre fut inutile. Je restai quelques jours avec elle pour lui prodiguer mes consolations, mais la nature des moineaux francs ne leur permet pas une constance perpétuelle: il leur faut la vie insouciante et libre. Je fis donc mes adieux à cette mère désolée; elle me remercia du peu que j’avais fait pour elle, et je repris mon vol à travers champs.

Mon premier projet, en me retrouvant seul, fut de retourner au bois de Boulogne. Pourquoi? Je n’en savais rien, je n’y avais été que malheureux! Il faut croire que le pays natal a de secrets attraits auxquels, pas plus que les hommes, nous ne savons nous soustraire!

Mais le destin en avait décidé autrement. Le pierrot va, en ce bas monde, où les circonstances le mènent; heureux si le ciel lui accorde un ami.

III
L’ÉLECTION DU ROI DES OISEAUX

Nul animal, nul être et nulle créature

Qui n’ait son opposé: c’est la loi de nature.

D’en chercher la raison ce sont soins superflus.