Je me demandai alors si l’action de l’homme était juste, et, me plaçant à son point de vue, je trouvai qu’il avait raison de défendre son bien—représenté par les perdrix, les faisans et autres oiseaux comestibles qu’il élève—contre l’appétit des larrons, sous quelque forme qu’ils se présentent. C’est de bonne guerre, et la guerre—j’étais toujours fatalement ramené à cette conclusion—la destruction est, il faut l’avouer, du haut en bas de l’échelle des animaux, la loi de la vie!

Telles étaient mes réflexions dans mon trou de pivert. Elles n’étaient pas gaies, c’est vrai; mais je suis persuadé qu’il est bon, pour un moineau, de réfléchir de temps en temps aux choses sérieuses, et de retremper son esprit dans les grandes idées de philosophie générale qui élèvent l’âme en lui faisant pressentir la grandeur du Tout-Puissant. L’équilibre universel du monde est la plus haute et la plus satisfaisante manifestation de celui qui l’a créé.

Tandis que je philosophais, mon trouble s’était dissipé; je me décidai à sortir de ma cellule et m’enhardis bientôt jusqu’à descendre vermiller au pied d’un buisson voisin. J’avais faim; la peur n’emplit pas l’estomac; aussi, je travaillais de grand cœur à recueillir mon repas, quand j’entendis une gaie chanson partir comme une fusée à mes côtés et un nouveau compagnon descendit en sautillant près de moi.

—Holà! mon ami Pierrot!

J’ai l’abord froid, il faut que je le confesse, et, d’ailleurs, j’aime autant à questionner que je déteste qu’un étranger m’interpelle. Je toisai dédaigneusement le mirmidon qui me parlait, par-dessus mon épaule, et ne lui répondis point.

—Ah! vous êtes bien fier, mon ami Pierrot.

—(Motus).

—Pierrot! Pierrot! Que fais-tu si loin des maisons?

—Je voyage.

—Tu voyages, Pierrot, mon ami? Mais tes pareils sont sédentaires et ne quittent pas de vue la cheminée natale.