—Mon envie est de voyager. Tout m’y pousse: le désir de m’instruire, l’amour de l’inconnu, l’admiration des grands spectacles de la nature, en un mot une sorte de curiosité innée et inassouvie qui me pousse en avant...
—Et comment es-tu ici depuis si longtemps?
—Vous le savez?
—Ah! Pierrot, nous autres, nous sommes partout et nulle part! Au lieu de nous pavaner effrontément au milieu des cours, des jardins, des parterres, au lieu de piailler à tort et à travers, nous nous glissons de buisson en buisson; nous voyons tout, et quand le besoin de chanter nous tient, nous montons au haut d’un arbre touffu, et là nous répétons notre phrase rythmée pendant assez longtemps pour que l’homme la remarque, en tire son enseignement, et, nous en sachant gré, nous aime, nous respecte et nous défende.
—Comment? fis-je au comble de la surprise: l’homme, cet être insolent, consent à vous écouter?... Vous dites qu’il a besoin de vous? Je voudrais bien savoir à quoi vous lui servez.
—Ah! ah! mon ami Pierrot... il y a tant de choses que vous ne savez pas, qu’il est prudent de ne pas poser aux autres tant de questions à la fois... Apprenez que nous sommes les baromètres des pauvres gens.
—Vraiment! Vous prédisez le temps?
—Oui, Pierrot.
—Alors, Mathieu Laensberg n’a qu’à s’aller pendre?
—Ne plaisantez pas sottement, Pierrot, nous sommes très utiles: le paysan, qui le sait, nous connaît, nous consulte et nous aime.