Et elle s’enfuit à tire-d’aile, parlant toujours.
—Oh! la bavarde, m’écriai-je. Effarvate, que tu es bien nommée! Avec moitié moins de mots tu m’eusses répondu et tu eusses fait œuvre utile, au lieu que tu n’as que frappé l’air de vains sons!
Je n’en étais pas moins embarrassé, lorsque je vis voltiger dans les joncs, près de moi, un charmant oiseau, plus petit que la sotte effarvate, et portant au-dessus de chaque œil une bande d’un blanc jaunâtre, comme un large sourcil, qui donnait un air gracieux à sa jolie figure. Le surplus de son corps était brun-verdâtre, marqueté de belles taches de même couleur, mais plus foncées que le reste, et je remarquai la facilité avec laquelle il se suspendait aux roseaux et aux joncs, tournant autour, de même que le troglodyte autour des branches d’un buisson, grimpant et redescendant, la tête en bas, le long d’un même brin, comme si c’était la chose du monde la plus facile à faire!
Je risquai une seconde démarche; cette charmante petite fauvette me semblant plus aimable que l’effarvate bourrue.—Madame la Fauvette, lui dis-je de ma voix la plus douce, pardonnez à un étranger s’il vous dérange au milieu de vos occupations; mais j’ai besoin de tant de renseignements dans le monde nouveau où je me trouve jeté, que je vous assure d’une vive reconnaissance pour ceux que vous voudrez bien me donner.
—Monsieur le Moineau, j’étais tout à l’heure derrière ces joncs quand vous avez adressé honnêtement la même demande à une fauvette des roseaux, un peu folle, de ma connaissance. Elle vous a mal reçu; mais il ne faut pas lui en vouloir: elle n’a pas la tête bien solide... Je ne suis pas de la même espèce qu’elle; vous voyez que je suis beaucoup plus petite. On m’a nommé la Fauvette des joncs... Je suis très contente de faire votre connaissance, car vous devez savoir beaucoup de choses que j’ignore, puisque vous êtes voyageur. J’accepte donc votre proposition; je vous parlerai des oiseaux de ce pays, et vous, vous me raconterez les mœurs des oiseaux de la forêt et de la ville. Vous les connaissez, tandis que je ne les ai jamais vus que de loin.
Ainsi fut commencée notre connaissance. Le ciel, qui m’a toujours traité en enfant gâté, m’envoyait encore une amie qui allait remplacer ma chère Alouette et mon bon et gai Jean Rouge-Gorge.
—Les hommes m’ont baptisée Sylvia, me dit-elle; je le sais, et je sais aussi qu’ils y ont ajouté un mot horrible, tiré du grec, phragmitos, qui veut dire que j’habite dans les haies. C’est absurde, puisque je ne quitte jamais les roseaux et les joncs que baignent les eaux tranquilles. Je vous permets de m’appeler Sylvie. Et vous?... comment vous appelerai-je?
—Pierrot, dis-je, tout simplement. Je suis un membre de la célèbre tribu des moineaux francs, la plus belle que la nature ait...
—Bien, bien, j’entends!... Connu! mon ami Pierrot. Apprenez que du haut en bas de l’échelle des êtres, chacun en dit autant, et tirez de ceci la conclusion que votre amour-propre doit en accepter.
—Chère Sylvie, merci de votre avertissement. J’y penserai...