—Oh maman! quel délicieux pierrot! il est tout beau!
On rit beaucoup de son expression et le nom m’en resta.
Me voilà donc commensal, sous le nom de tout beau, de cette aimable famille. On essaya de me mettre dans une cage, mais je fis comprendre par mes gestes et ma résistance que je ne le voulais pas. Marie prit mon parti et on me laissa errer en liberté dans les appartements où chacun me comblait de friandises et de caresses, et où je me trouvais réellement gâté du matin au soir.
L’hiver passa ainsi.
Un jour, vers le premier printemps, le ciel était fort triste, pluvieux et sombre, comme il arrive en cette saison; toute la famille avait l’air maussade. La petite fille, dans un coin, festonnait une broderie qui n’avançait guère; le petit garçon dans un autre faisait un devoir qui n’avançait pas non plus, et tous deux bâillaient à qui mieux mieux.
J’imagine alors de les distraire et me mis à voltiger autour de la tête de Marie; puis, fondant sur sa main, je lui enlève son feston et me sauve d’un air conquérant. Les enfants de rire, de se lever, et nous voilà jouant aux barres, moi pour conserver ma conquête, eux pour me la reprendre.
La mère entendant ce tapage, arriva pour gronder: mais elle fut désarmée quand elle me vit fuyant avec le feston dans mon bec, et les enfants s’écriant:
—Maman, c’est Tout beau qui nous empêche de travailler!...
Enfin on se remit au travail et les devoirs furent promptement terminés, car la bonne humeur est le meilleur auxiliaire qu’on puisse donner aux enfants.
A la récréation, ceux-ci s’amusaient à faire des bulles de savon. Je voulus recommencer mon espièglerie du matin, mais je fus beaucoup moins bien reçu. Mes petits amis voulaient bien que je les empêchasse de travailler, mais non de jouer. La première fois on gronda, mais quand, la seconde fois, je vins enlever le tube de plume qui leur servait à souffler les bulles, ils me donnèrent une bonne calotte.