Elle ne me fit pas grand mal; mais comme j’étais en colère et que je rageais, je fis le mort.

Alors tous deux se mirent à pleurer; la petite Marie me prit dans sa main, me caressa, m’embrassa et m’inonda de ses larmes. Aussi, voyant son chagrin, je fis semblant de revenir peu à peu à l’existence; mais les pauvres petits avaient eu si peur qu’ils ne pouvaient plus jouer.

J’allai de l’un à l’autre pour les égayer, mais rien ne pouvait les consoler; enfin j’imaginai de m’emparer du tube et de le reporter dans la main de Marie. Oh! cette fois, ce fut un concert de cris de joie!

Ils furent si ravis de mon trait d’esprit que le soir, dans le salon, au risque de se faire gronder, ils racontèrent toute l’histoire. Je devins le héros de la soirée. Chacun vantait mon intelligence, aussi un ami de la maison, entiché de serins savants qu’il avait vus la veille, déclara que j’étais apte à tous les tours de force possibles, et qu’il fallait me mettre en apprentissage pour devenir à mon tour un moineau savant: faire le mort, tirer le canon...

A ces mots la peur me prit.

J’oubliai tout ce que je devais de reconnaissance pour un hiver passé si douillettement. Le printemps, d’ailleurs, était venu, la fenêtre était ouverte à mes yeux; mes ailes frémirent et je m’envolai, non pas cependant sans jeter un dernier regard sur ma petite cage dorée et une pensée de regrets aux êtres bienfaisants qui m’avaient sauvé d’une mort certaine.

Et c’est ainsi que l’hiver passa! car tout passe en ce monde... Et c’est ainsi que le printemps revint! car Dieu a voulu que le bien suivît le mal, l’abondance la disette, et que les petits oiseaux fussent heureux après avoir été bien malheureux pendant la froide saison.

Peu à peu les bourgeons grossirent aux arbres, s’ouvrirent, et il en sortit de fraîches feuilles rosées, encore plissées et chiffonnées, qui sortirent et se déployèrent peu à peu; quelques fleurs timides apparurent: ce fut un éblouissement pour mes yeux! Partout les insectes, bourdonnant dans l’air, quittèrent leurs retraites et se cherchèrent les uns les autres. Le coucou, l’oiseau printanier par excellence, fit entendre son chant monotone, annonçant aux hommes le retour des beaux jours, et aux autres oiseaux qu’il était temps de préparer leurs nids. Dans les jardins, le long des murs, au midi, on voyait les abeilles se réveiller et commencer à quitter leurs ruches pour aller butiner sur les primevères, les violettes et l’aubépine.

Tout était joie autour de moi, et cependant j’étais triste, car je me sentais seul. Tous les oiseaux de mon espèce avaient déjà choisi leur compagne; nul d’entre eux ne faisait attention à moi.

Je me posai sur une branche, à l’écart, la mine refrognée, l’esprit maussade, inquiet, mécontent de moi et des autres... quand je vis voltiger de mon côté une petite Pierrette solitaire. Malgré ma mauvaise humeur, je crus devoir être poli vis-à-vis d’elle; de son côté, elle parut un instant aimable... Je crus même qu’elle me faisait des avances, j’en fus choqué... Je la trouvais peu jolie! Un instant auparavant, je m’étais miré dans une fontaine limpide, et ma beauté m’avait frappé; j’avais un magnifique collier noir; ma queue était très longue, les plumes de mes ailes très fournies et brillantes, enfin j’étais plus beau que tous les moineaux que je voyais voler autour de moi.