Je ne tardai pas à m’apercevoir que, malgré son amabilité, cette jeune Pierrette était craintive; probablement elle sentait son infériorité et n’osait aspirer à devenir ma compagne... Elle m’eût paru sûre de son succès que mon orgueil se serait révolté; mais sa timidité me toucha. J’encourageai ses démarches et, après avoir eu, dans notre langage, une longue explication, nous finîmes par réunir nos deux destinées.
J’en bénis le ciel, car jamais Pierrette ne s’est montrée meilleure ni plus dévouée.
Ma chère Pierrette désirait fort construire un nid; je cherchai donc un endroit propice. J’étais devenu difficile, et j’apportais à ce choix autant de circonspection que de prudence, car je connaissais la plupart des ruses qu’emploient les hommes pour détruire nos couvées.
Enfin, après avoir longtemps fureté, nous découvrîmes un lieu propice, véritable oasis au milieu de la campagne nue des alentours.
Un petit château, entouré d’ombrages touffus, s’élevait à l’entrée d’une vallée où le soleil concentrait ses chauds rayons. Les jardins étaient remplis d’arbres fruitiers, le verger regorgeait de cerisiers et de pruniers en fleur. A côté, un mince ruisseau, traversant la prairie, serpentait dans l’herbe épaisse, et sur ses bords un énorme peuplier d’Italie élevait majestueusement sa tête aiguë au-dessus des arbres environnants. Notre peuplier était tellement haut que, monté sur les branches de la cime, je dominais les coteaux qui fermaient notre vallée, et pouvais ainsi voir venir l’ennemi de très loin. Tout nous faisait donc croire que nous pouvions établir là, avec sécurité, le berceau de nos enfants, et que nous y trouverions la paix pour élever notre petite famille.
Nous voilà construisant notre nid à deux, parmi les branches les plus épaisses, vers le milieu de l’arbre. Pierrette, travaillant de tout cœur, allait partout chercher paille et duvet. Notre ouvrage fut bientôt terminé, et Pierrette, après avoir pondu cinq œufs, se mit à les couver. Ma tâche pendant ce temps, devenait lourde. Il fallait pourvoir non seulement à la nourriture de ma compagne, mais encore à la mienne. Je m’efforçais de trouver tout ce qui pouvait lui plaire, et de plus je ne me sentais pas assez égoïste pour la laisser couver toute seule. Mais Pierrette était si courageuse qu’elle eût voulu rester sur son nid au risque d’y mourir de faim.
Le jour désiré arriva enfin, et nous fûmes récompensés de nos soins par la naissance de cinq petits, tous bien portants. Que notre joie fut grande! Pauvres enfants! Nous nous disputions à qui leur donnerait la pâtée. Et ce n’était pas tout. Il fallait que l’un de nous restât sur le nid, pour fournir à ces chers petits la chaleur qu’ils n’avaient pas encore. Peu à peu nous les vîmes grandir. Nous étions heureux!...
Non loin du château s’élevait une grange qui fournissait à notre nourriture. Nous y trouvions des graines et souvent aussi de petits morceaux de pain. Nous allions chercher dans la basse-cour de la pâte préparée, dans les cages, pour les poulets que l’on engraissait. Notre vie se partageait ainsi entre les devoirs de la famille et les relations nouées avec quelques oiseaux du voisinage devenus nos amis.
Parmi eux se trouvait un Bouvreuil qui nous aimait beaucoup; il s’était fixé par aventure dans le pays. C’était un mâle, et sa poitrine, du plus beau rouge, faisait ressortir le noir de son bec et de ses ongles. Je remarquai qu’il savait un grand nombre d’airs et les chantait parfaitement. Cette éducation si soignée pour un oiseau de la campagne m’étonna. Je lui fis quelques questions amicales, et il me raconta volontiers son histoire.
Il n’y a pas encore longtemps, me dit-il, que j’habitais Paris. La famille au milieu de laquelle je vivais était composée du père, de la mère et d’un gentil petit garçon qui m’apprenait un grand nombre d’airs, au moyen d’un instrument dont un oncle lui avait fait présent. Malheureusement, l’enfant tomba malade, sans qu’on pût deviner quel organe était attaqué chez lui.