Et le chien s’éloigne de plus en plus.

Un dernier bond et le mâle, tout à l’heure à moitié mort, retrouve sa force et sa vigueur. Il pousse un cri de joie, s’enlève et d’un vol rapide et soutenu parcourt un kilomètre aux yeux du chien ébahi!

Mais il n’a pas plutôt touché terre que, sur ses jambes rapides, et par des chemins détournés, suivant le fond des sillons et des fossés, il accourt au devant de sa femelle.

Pendant que je suivais des yeux ce manège admirable, je n’avais point regardé ce qu’était devenue la mère avec ses petits. Je me retournai... tout avait disparu!

Dès le commencement de la poursuite, elle avait emmené d’un pas rapide ses petits qui ne volaient pas encore, les avait disséminés, les plaçant qui dans une fissure du sol, qui sous une feuille sèche, qui entre deux mottes; et elle-même attendait, dévouée, le moment de reprendre la ruse de son mari s’il succombait, ou si le chien revenait sur ses pas.

Au premier cri du mâle, la femelle répondit, et cette heureuse famille se réunit intacte sous mes yeux.

Je les complimentai, mais ils me répondirent qu’ils avaient fait une chose toute naturelle, et la femelle même me demanda si nous autres moineaux, nous n’en ferions pas autant pour nos petits? Je l’assurai que si, afin qu’elle ne prît pas en aversion notre race, et me conservât en particulier, une amitié que ses mœurs douces, un caractère simple et dévoué me rendaient très agréable.

Au bout d’un mois de voyage et après avoir traversé beaucoup de pays, j’arrivai sans encombre, dans une grande forêt percée en tout sens de routes qui indiquaient le soin avec lequel on l’entretenait. Je pris mes renseignements auprès d’un moineau habitant la maison d’un des gardes, et il m’apprit que j’étais dans la forêt de Fontainebleau.

Je m’avançais résolument le long d’une grande allée, lorsque je rencontrai un oiseau huit ou dix fois plus gros que moi. Sa tête, son cou, son dos et la presque totalité de sa poitrine étaient noirs, mais d’un noir profond, présentant des reflets métalliques semblables à l’acier, tandis que le dessous des ailes, le ventre et le bas de la poitrine étaient d’un blanc pur. Joignez à cela une grande queue noire à plumes étagées, plus longues au milieu qu’aux bords, et des pieds noirs, et vous aurez un portrait fidèle de ma nouvelle connaissance.

Bien que cet oiseau eût l’air méfiant et rusé, je m’approchai de lui si franchement qu’il ne put y voir une mauvaise intention; aussi me laissa-t-il faire sans trop reculer. Je remarquai que, posé à terre, il était toujours en mouvement, faisant autant de sauts que de pas et imprimant à sa grande queue un battement brusque et presque continuel, dans le genre de celui des bergeronnettes lavandières au bord des rivières. Je profitai du moment où cet oiseau s’envolait sur un arbre pour me placer à côté de lui; mais sa manière de s’enlever me fit voir qu’il avait les ailes trop courtes et la queue trop longue pour voler gracieusement. J’en conclus qu’il ne pouvait entreprendre, comme nous, de longs et intéressants voyages, et ne devait guère que voltiger d’arbre en arbre et de clocher en clocher. Je lui demandai d’abord à qui appartenait la forêt de Fontainebleau, car je l’ignorais.