A cette question, ma nouvelle connaissance me fit au moins vingt réponses différentes en deux minutes, et pas une concluante. Je demeurai confondu... étonné d’une telle loquacité. Je lui demandai naturellement quel était son nom; elle m’apprit qu’on la nommait la Pie!....
Or, cette pauvre Pie était une babillarde impitoyable, elle parlait sans trève ni merci, et je ne pouvais arriver à placer la plus simple réflexion. Bien mieux, aussitôt que j’ouvrais le bec, elle prétendait qu’avant d’avoir entendu ma première parole, elle devinait ce que je voulais dire. Je pris alors le parti le plus sage, celui de l’écouter sans interrompre... Elle me raconta que cette forêt était visitée par une foule d’individus qui venaient y admirer, les uns des arbres centenaires, les autres des rochers remarquables. Elle m’apprit que, malgré ce grand nombre de visiteurs, la forêt était tellement remplie de gibier de toute sorte qu’elle était hantée par un grand nombre d’oiseaux de proie...
«JE DEMEURAI CONFONDU... ÉTONNÉ D’UNE TELLE LOQUACITÉ»
Cette nouvelle n’était pas faite pour me rassurer, car ma bravoure est très raisonnable... Ce n’est pas de la jactance! A quoi bon s’exposer à des dangers contre lesquels on ne peut pas lutter?...
Je réfléchissais donc en moi-même s’il ne convenait pas de quitter de suite cette forêt, lorsque la Pie, devinant ma crainte et mon irrésolution, me rassura en disant que ce voisinage ne la tourmentait pas du tout, que je pourrais vivre, si je le trouvais bon, à l’ombre de sa protection, qu’elle était habituée à combattre des oiseaux et à les mettre en fuite.
Nous devînmes donc les meilleurs amis du monde. Elle me fit parcourir la forêt dans tous les sens depuis Franchard jusqu’au Désert et aux gorges d’Apremont. Elle connaissait çà et là une foule de retraites, de cachettes plus curieuses les unes que les autres, et où nous nous mettions à l’abri chaque soir.
Je remarquai qu’elle avait peur surtout de l’homme et qu’elle le fuyait de très loin. Comme elle possédait une extrême défiance, elle m’avertissait et je m’envolais avec elle. Au contraire, le chien, le renard, les oiseaux de proie ne lui inspiraient aucune terreur. Elle semblait attirée plutôt que repoussée par leur vue. Aussi, dans ces cas-là, je m’empressais de me faire bien petit et de me cacher de mon mieux jusqu’à ce que l’échauffourée fût passée. En effet, ma Pie les assaillait, voltigeant autour d’eux, et poussant des cris aigus qui ameutaient toutes ses pareilles des environs. C’était alors un charivari à réveiller les Sept Dormants, et toutes ne revenaient à la tranquillité que quand l’ennemi avait pris la fuite. J’attendais encore, crainte des coups de bec, que le rassemblement se fût dissipé, ce qui demandait assez de temps, car les conversations étaient longues, et enfin nous restions seuls et je sortais de ma cachette.
Un jour nous causions, ou, pour parler plus exactement, elle causait toute seule, faisant les demandes et les réponses. Je me trouvais sur une branche un peu au-dessus d’elle et de là je vis qu’elle portait autour du cou, à demi caché sous les plumes, un collier de perles de couleur.