—Dites-moi donc comment, ma chère amie, ce petit ornement a pu être mis là?

—Vraiment! Vous êtes donc curieux, Pierrot, mon ami? Voici comment et pourquoi. J’ai été prise très jeune par les hommes et emmenée dans une maison où je vivais libre et heureuse. Malheureusement, nous autres pies, nous possédons des instincts irrésistibles. Ainsi, je ne pus m’empêcher de prendre une certaine quantité d’objets que j’allais cacher au fond d’un jardin. Tant que je ne volais que des débris de nourriture, on ne s’aperçut de rien. Mais un jour, je trouvai des petites pièces d’argent, qui me semblèrent si jolies, à moi qui adore tout ce qui brille, que je ne pus résister à la tentation... Je les emportai l’une après l’autre, et fus joindre tout cela à mon trésor.

Une autre fois, ce fut bien pis encore. J’emportai une très belle bague que j’avais trouvée sur la cheminée de ma maîtresse. Oh! alors! cela fit un scandale abominable! On soupçonna les domestiques; il y en eut même un de renvoyé. Tout se serait bien passé, si j’avais pu contenir mes appétits pour la maraude. Mais comme une grande quantité d’objets disparaissaient et qu’on continuait à avoir des soupçons sur les gens de la maison, un des domestiques...—qui avait probablement assisté à l’opéra de la Pie voleuse, ajouta-t-elle...—imagina de m’espionner.

Bientôt tout fut découvert, et mon trésor fut pillé. Comme je craignais la vengeance de ces gens, ou tout au moins l’esclavage, car je pensais que l’on allait m’enfermer, je jugeai prudent de gagner la forêt. Voilà comment et pourquoi je porte au cou la marque de mon servage, collier que ma maîtresse m’avait fait elle-même... Elle était bonne, je l’aimais beaucoup; elle m’avait appris nombre de phrases qui amusaient extrêmement les personnes de son entourage. Aussi, lorsqu’elle avait du monde, on m’apportait au dessert, et l’on me faisait mille questions auxquelles je répondais suivant ma fantaisie. Je dois avouer que j’étais, surtout en ce temps-là, fort entêtée, et quelquefois ce défaut l’emportait sur mon désir de parler. Cependant, quand c’était ma maîtresse qui m’interrogeait, je répondais toujours, car, je le répète, je l’aimais beaucoup, et je la regrette sincèrement.

L’autre jour, elle se promenait ici avec plusieurs autres dames. Toutes allèrent s’asseoir sous le Chêne-du-Roi que vous voyez là-bas. Je résolus de prouver à ma chère maîtresse que je ne l’avais point oubliée, quoique ma fuite remontât au delà d’une année.

J’allai me percher sur l’une des branches les plus élevées du chêne, et là, cachée dans un massif de feuillage, je criai à plusieurs reprises:

—«Bonjour, Marie! Un baiser à Cocotte! Un baiser à Cocotte!...»

L’étonnement fut extrême, comme vous le pensez. On regardait de tous côtés. Ma maîtresse me répondit:

Bonjour Cocotte!!...

Elle avait des larmes aux yeux!... Lorsque les visiteurs furent revenus de leur grande surprise, plusieurs décidèrent qu’il fallait essayer de s’emparer de moi. Mais j’entendis ce complot. Quand ils levèrent la tête pour me chercher, j’avais déjà mis entre nous une distance respectable!...