—C’est qu’il n’a pas l’air bête du tout, mon Pierrot. Dame! c’est fûté, ces bêtes-là! Faut voir. Je vas le porter à mam’zelle Blanche; ça n’est qu’un moineau, mais ça lui fera plaisir.
Je lui répondis en ma langue que je le voulais bien.
—Oh! oh! là, mon Dieu!... Tiens! tiens! Est-ce qu’y parle à présent? C’est-y un oiseau éduqué?
Et me prenant doucement dans ses grosses mains, il courut comme un fou vers la maison à la recherche de sa jeune maîtresse.
Pendant que le bon jardinier me portait ainsi, je tâtais mes membres endoloris et ne voyais plus la liberté à travers un prisme couleur de rose. C’est pourquoi je me promis bien, au fond du cœur, de ne pas essayer de fuir,... si toutefois j’étais tombé entre bonnes mains!
Je commençais à être las de la vie vagabonde et par trop accidentée que m’avait faite ma fureur d’aventures et de voyages: le temps de la réflexion arrivait.
Mon premier soin fut d’essayer de connaître ma jeune maîtresse. Elle vivait seule avec sa mère, et toutes deux portaient sur leur visage l’expression de la bonté de leur cœur.
Rien au monde plus calme que cet intérieur: la mère travaillait ou lisait en s’enveloppant dans les souvenirs que réveillait la perte récente de son mari; Blanche, ma jeune maîtresse, soignait ses fleurs, étudiant auprès de sa mère et gâtant de friandises et de caresses son cher Pierrot, devenu, en peu de jours, le favori de la maison.
Ne soyez pas jalouse, Claire chérie, du souvenir de gratitude que je consigne ici pour la charmante Blanche Sauval: vous valez autant qu’elle et vous êtes aussi jolie.
Pas plus chez elle que chez vous, ma chère maîtresse, on ne me fit languir dans une cage; je m’étais donné volontairement, je restai sans effort; ma vie se passait à suivre Blanche dans la serre, dans les appartements, dans la campagne où nous faisions de longues courses ensemble, car elle aimait à visiter les malheureux, et toutes les chaumières des environs la connaissaient. La nuit, crainte des chats, je dormais dans une cage spacieuse appendue à la fenêtre de Blanche.