—Mon oiseau, mon pauvre pierrot. Et moi qui l’oubliais... Ingrate!
Légère comme une biche, elle eut, en un clin d’œil, escaladé l’escalier et décroché ma cage, tandis que je lui marquais ma reconnaissance par de petits cris de plaisir.
Descendu sur le perron, il fallait savoir où l’on me mettrait. Les robes de ces dames étaient si amples qu’elles remplissaient toute la voiture. Ma cage, oubliée depuis plusieurs jours, n’était agréable ni à la vue, ni à l’odorat. Je le sentais bien et je tremblais de ce qui allait arriver. Il fut décidé qu’on ne pouvait pas me donner accès dans la voiture, et je fus confié aux soins de la femme de chambre,—mon ennemie intime,—qui ne manquait jamais une occasion de me taquiner, et que je n’aimais pas, comme vous pensez, de tout mon cœur.
Il fallut se résigner et monter avec elle sur le siège, derrière la voiture. Je sentais vivement que je n’étais pas à ma place et me trouvais d’autant plus vexé que je subissais ce mauvais sort par la faute des autres et par la négligence de celle-même qui était chargée de me porter. Aussi, pendant qu’elle appuyait la main sur ma cage, je me glissai en tapinois et profitai de l’occasion offerte à ma vengeance pour lui pincer le doigt jusqu’au sang. Elle poussa un cri, et je crus un moment que la méchante femme allait me jeter sur la route. Mais elle eut peur de ma maîtresse et n’osa me faire de mal.
Je vis aux éclairs de malice que me lançaient ses yeux qu’elle me gardait rancune et se vengerait à la première occasion... Hélas! Celle-ci vint bientôt, car elle la fit naître en ouvrant ma porte et détournant la tête... Mon premier mouvement fut de fuir, mais la réflexion m’arrêta court.
—Évidemment, Marianne a ouvert la porte pour que tu te sauves. Elle dira à Blanche que c’est le hasard, un malheur, que sais-je? Et elle sera débarrassée de toi. Prends garde; il ne faut pas lui donner si beau jeu!...
Je me retirai dans le coin de la cage opposé à la porte, et je m’y tins obstinément.
S’apercevant que sa ruse n’avait pas réussi et que j’étais aussi fin qu’elle, Marianne referma la porte en maugréant.
Nous arrivions au chemin de fer.
A peine descendue de la voiture, Blanche vint me voir et s’informer de moi. Hélas, un accident venait de m’arriver. Pour descendre de son siège, Marianne avait remis ma cage à une servante maladroite qui renversa grains et eau.