Une course précipitée retentit dans la pièce voisine; la porte s’ouvrit, et un grand jeune homme se jeta dans les bras de sa tante en la couvrant de baisers. Son maintien fut plus embarrassé à la vue de Blanche; mais ils s’embrassèrent de bon cœur, et la conversation reprit affectueuse et générale.

C’était un cousin, Émile, prix d’honneur de la veille et la gloire du lycée.

Nous voilà installés, Blanche et moi, dans une chambre charmante, préparée spécialement par le bon oncle pour sa chère préférée. Le digne proviseur avait réuni dans ce réduit, tendu de blanc, tout ce qui pouvait plaire à une jeune fille. On voyait que des soins affectueux avaient présidé à cette installation. Un joli piano, une bibliothèque choisie, un petit bureau, garni de tout ce qu’il faut pour écrire, deux fauteuils et un prie-Dieu, tel était l’ameublement de cette chambrette à côté de laquelle un grand cabinet contenait le lit.

Blanche sauta de joie, et toute heureuse vint ouvrir la porte de ma cage. Je vis deux fenêtres et volai de l’une à l’autre. De la première, on apercevait un immense jardin, rempli de grands arbres du milieu desquels s’élevait dans le lointain un magnifique palais. C’était le Luxembourg. La seconde donnait sur une des grandes cours du collège... J’y voyais du pain en abondance, j’y...

Tout à coup Marianne entra, pour faire son service, dans la chambrette où Blanche m’avait laissé seul, et derrière Marianne, se glisse, venant des grands escaliers, un chat horrible, hideux, hérissé... A ma vue, ses prunelles s’illuminent et lancent des flammes;... il se ramasse sur lui-même, il va bondir!...

A ce moment, j’oublie tout en présence de la mort imminente; j’ouvre les ailes, et d’un bond effaré je fuis dans les airs!!...

Où aller? Les arbres m’attirent comme par un lien irrésistible, et deux minutes plus tard j’étais en plein Luxembourg, haletant, éperdu, mais sauvé.

Alors, je me recueillis en moi-même; un souvenir bien doux revint à ma mémoire:—Blanche! Blanche! murmurai-je... Mais le chat, l’horrible chat!...

Jamais je ne me sentis le courage d’affronter cette rencontre terrifiante; je n’osai même plus approcher du lycée.

Pauvre chère maîtresse! Tu m’as peut-être pleuré!