Un quart d’heure après ma fuite, j’étais blotti dans un des grands marronniers. Je me mis alors à regarder et examiner ce qui se passait autour de moi.

Tout ce que je découvris était singulièrement rassurant. Beaucoup de bonnes d’enfant, pas mal d’étudiants, en somme une population fort tranquille, en ne considérant que les êtres humains. Dans les arbres, c’était autre chose. Je voyais passer auprès de moi et s’abattre dans mon voisinage sur des branches qu’ils faisaient ployer sous leur poids, de gros oiseaux d’un aspect assez débonnaire. La forme de leur bec mince, boursouflé en quelque sorte à son extrémité, la débilité de leurs pattes m’indiquaient des oiseaux innocents et granivores, et cependant leur vol haut, puissant, sifflant, rappelait l’ampleur de celui des oiseaux de proie. L’un d’eux vint se placer si près de moi—car ces messieurs avaient l’air d’être les seuls propriétaires des arbres du Luxembourg—que je me reculai précipitamment. Ce mouvement le fit rire, et, d’une voix roucoulante et monotone, il me dit:

—D’où viens-tu donc, mon pauvre pierrot, que tu as peur de moi? Tu ne me connais donc pas?

—Vous me pardonnerez, monsieur, lui répondis-je, quand vous saurez que je sors de cage. Je suis un peu neuf en ce pays; mais j’ai bonne volonté de me déniaiser; voulez-vous m’y aider?

—Volontiers, reprit mon gros compagnon.

—Soyez assez bon alors pour me dire votre nom.

—Je suis un Pigeon-ramier.

—Bah! un ramier? Comment vous aurais-je reconnu, cher monsieur? Vous êtes si gras, si dodu, si civilisé en un mot, que jamais il ne me serait venu à l’esprit de vous comparer aux ramiers efflanqués, sauvages, légers que j’ai rencontrés bien des fois dans mes voyages.

Pendant ce discours louangeur, mon nouvel ami se rengorgeait et faisait le beau en roucoulant, roulant ses yeux de la manière la plus grotesque.—Enfin, il paraît que c’est ainsi que ces animaux expriment leur plaisir!

Tandis que nous causions ainsi, je le voyais tourner de temps en temps la tête d’un air inquiet, puis tout à coup une jeune pigeonne vint le rejoindre. Leurs caresses commencèrent; ils formaient un charmant ménage, et, après m’avoir présenté sa femme, la conversation devint générale, et tout en écoutant les renseignements qu’il ne me ménageait pas, j’examinais le manège de ses pareils, et j’étudiais leurs mœurs, leurs habitudes et même leur parure.