On a beaucoup crié, parmi les hommes, après les dégâts que font les pigeons de toute espèce dans les campagnes; mais j’ai entendu deux docteurs de mes amis—qui venaient souvent s’asseoir sous nos arbres,—discuter cette question à fond, et il paraît que les pauvres oiseaux ont été affreusement calomniés! Comme nous, hélas!....
Il paraît qu’à quelque époque de l’année que l’on visite l’estomac d’un pigeon—c’est le moyen, bien barbare, de le prendre sur le fait,—que ce soit au temps de la moisson, que ce soit pendant celui des semailles, on y trouve toujours au moins huit fois plus de nourriture formée de graines de plantes parasites qu’on n’en trouve en graminées utiles à l’homme et réservées à son usage. Encore ce qu’on y rencontre de ces espèces est-il généralement composé de mauvais grain. On y découvre aussi en grande quantité des graviers et des débris de pierres gypseuses qui contenaient peut-être des molécules de sel dont le pigeon est extrêmement friand.
X
MÉNAGES SUR MÉNAGES
Jamais je ne fus plus heureux que dans ce jardin béni des cieux. Abondance de biens, paix profonde, relations charmantes avec les moineaux les mieux élevés de la Capitale, en fallait-il davantage pour que mon sort fût digne d’envie?
Hélas! oui, il me manquait quelque chose! c’était un ami; le ciel fut assez clément pour me le donner.
Un des côtés du jardin est bordé par de hautes maisons, dont les fenêtres regardent au milieu des grands arbres. A l’une de ces fenêtres, je voyais, depuis mon arrivée, une cage suspendue contenant un Serin d’une couleur magnifique. Sa maîtresse devait aimer cet animal à la folie, car je la voyais, penchée vers lui, entretenir de longues conversations avec son oiseau de prédilection. Il est vrai que jamais je n’avais entendu ramage aussi velouté, trilles aussi éclatants que ceux du prisonnier, dont la grâce et la gentillesse m’avaient gagné le cœur.
Libre, je connaissais les angoisses de la captivité, et je me sentais porté vers ce charmant oiseau, autant par le sentiment de la compassion que par l’intuition qui nous porte à deviner un cœur prêt à nous répondre. Un jour, je m’approchai du Serin et, perché sur sa cage, je liai conversation avec lui.
—Bonjour, ami, lui dis-je, êtes-vous heureux?
Un peu effrayé de ma brusque apparition, l’oiseau se rejeta au fond de sa cage; mais, encouragé sans doute par la bienveillance de mon attitude, il me répondit:
—Oui, je le suis autant qu’on peut l’être en prison.