Quelles angoisses!

Enfin, le matin parut, et, avec lui, des matelots vinrent ouvrir un des panneaux qui fermaient la cale. Une brillante clarté inonda notre retraite et me rendit un peu de courage. Nous autres Polyergues ne savons combattre qu’au grand jour.

Avançant la tête avec précaution, je vis que toutes les bêtes puantes qui m’avaient si furieusement assiégé rentraient dans leurs fentes, leurs trous, se cachaient à l’abri du jour derrière tous les objets qu’elles rencontraient.

—Ah! elles ont peur du jour! dis-je. Moi, c’est le contraire; il faut profiter de cet avantage, il faut fuir... Fuir? où fuir?...

L’occasion est chauve, dit le proverbe: je me précipitai à toutes jambes au travers des obstacles: je volais!! Mais, au moment où je me croyais bien seule, un de ces animaux enragés saute du plafond sur les sacs où je courais de toutes mes forces, et se met à ma poursuite avec une vitesse surprenante...

—O Seigneur! Tous ne craignent donc pas le jour...

J’étais abasourdi...

Au premier moment, je désespérai de moi, je me sentis perdu, j’hésitai si je fermerais les yeux, attendant stoïquement la mort...

—Un effort de courage!!... Pourrais-je le faire?

—Oui!!... je le ferai. Il ne sera pas dit qu’un foudre de guerre chez les siens, qu’un Hercule au grand cœur se laissera lâchement égorger comme un mouton!...