J’étais perdu, cette fois, quand un cure-dent en plume s’offrit à moi... M’y précipiter fut l’affaire d’un clin d’œil...
J’étais du moins à l’abri...
Comment peindre les efforts désespérés du monstre pour me forcer à sortir de ma retraite?... Voyant qu’il avait beau me faire rouler avec ma prison transparente et que je n’en sortirais pas, il se mit à en ronger les extrémités coupées en biseau. Je voyais ses mandibules arracher des lambeaux à chaque extrémité... Ah! il y allait de bon cœur!
Un bruit se fit entendre, mon ennemi s’envola...
Le capitaine entrait dans son cabinet. Il se mit à son bureau et, s’asseyant, appuya sa tête entre ses deux mains et se prit à songer. Pensait-il à sa mère, à sa fiancée, à ses plaisirs passés, à ses devoirs présents? Le savais-je?
Tout à coup ses yeux tombèrent sur moi.
—Une fourmi de France! s’écria-t-il, et, saisissant le cure-dent, il le tint devant ses yeux.
—Pauvre petite bête! Quelle idée t’a prise de venir avec nous au Brésil?...
—Tiens! pensai-je à part moi, c’est bon à savoir. Nous allons au Brésil...
—Par quel singulier concours de circonstances es-tu réfugiée dans un cure-dent de plume? Une poursuite, peut-être... Qui donc t’a poursuivie?...