Rien n’est plus aisé que de s’emparer, chez l’espèce qui nous occupe, des officiers à grosses têtes. Il suffit de briser la galerie en quelque endroit. Aussitôt qu’un rayon inattendu de lumière se glisse dans l’intérieur, on voit arriver lentement les officiers et soldats, balançant à droite et à gauche leur grosse tête, et ouvrant leurs puissantes mâchoires d’un air de menace silencieuse. Si on ne les tracasse pas davantage, une fois les dégâts constatés—je ne dis pas vus—ils rentrent dans leur galerie, les ouvriers arrivent et, en un moment, une pièce est mise et le dégât réparé.

—Dans tout cela, mon ami, une conclusion me frappe. Il y a déjà longtemps que nous étudions ensemble les fourmis; eh bien! toutes, même les plus habiles, décèlent une grande infériorité vis-à-vis des abeilles, et je dirai plus, vis-à-vis de la presque totalité des mouches bâtisseuses.

—Et laquelle, s’il te plaît?

—Laquelle! Le manque de grandiose et de simplicité. La fourmi est compliquée dans sa bâtisse; elle manque d’architecture. Jamais elle n’atteindra à la sublime hauteur de l’adoption de l’hexagone régulier pour les alvéoles des ruches! Tous ses travaux, souterrains ou extérieurs, sont répartis sans ordre; avec expédient, j’en conviens, mais sans art!...

—Il y a certainement du vrai dans ce que tu dis; mais es-tu certain d’avoir le droit de dire: sans art?... N’est-ce point: avec un autre art, qu’il faudrait dire?...

—Tais-toi! Tes fourmis ne sont que des replâtreuses et non des créatrices!

J’écoutais attentivement tout ce que disaient les jeunes gens, Urbain m’apporta une abondante provende... Mais j’étais prisonnière!...

XII
LA FUITE.—DOUBLE-ÉPINE.

Amour sacré de la liberté, inspire-moi!...

Fuir était devenu un vrai cauchemar la nuit, une idée fixe le jour. Fuir... mais comment?