Quant à la mère-femelle, la Reine, si vous voulez, elle ressemble beaucoup à une reine de Termites. Vous ne pourrez la voir, ma chère, car elle ne quitte jamais sa case à l’intérieur, la mieux défendue de la fourmilière, et ce n’est pas chose aisée de la trouver. Cependant je l’ai vue, dans le bouleversement auquel j’ai assisté, parce que les ravageurs l’ont cherchée et enfin découverte. Elle reste, même après la perte de ses ailes, de beaucoup la plus grosse de la colonie.

Ceux qui survivent au massacre général des Ailés se préparent eux-mêmes à fonder une nouvelle colonie; ils y parviennent toujours, pour un certain nombre; et ils sont si prolifiques, que, en dépit de l’énorme destruction qui a frappé les individus ailés, ceux auxquels seuls est départie la tâche de la reproduction, ils chassent l’homme de ses possessions, et que celui-ci se montre absolument incapable de vaincre ces terribles ennemis, qui sapent et détruisent ses travaux!

XIV
TAMANOIR ET PUMA.—MORT DE DOUBLE-ÉPINE.

Nous causions ainsi toutes deux, jouissant de la délicieuse tranquillité du soir qui se faisait, et qui, dans ces contrées, est court, mais délicieux après les ardeurs de la journée, lorsque notre attention fut éveillée par un pas lent et lourd qui retentissait parmi les feuilles sèches.

—Un tamanoir!... Cachez-vous!... me dit précipitamment Double-Épine.

Et, joignant l’exemple à l’avertissement, elle se blottit sous une feuille, parmi les herbes. J’en fis autant.

—Qu’avez-vous donc? lui demandai-je alors tout bas.

—Ce que j’ai, malheureux? Mais voici que s’approche le plus grand et le plus terrible ennemi de notre race.

—Ce gros animal?

—Oui. C’est le fourmilier-tamanoir.