En effet, le lendemain de cette conversation, au point du jour, le Marcheur secouant assez rudement ses hôtes:
--Holà! monsieur de Valvert! Holà! monsieur Thémistocle! debout et en route!
Les préparatifs du départ furent bientôt faits, et une heure après les trois amis marchaient dans la plaine en se dirigeant vers l'ouest.
--Martin, avait dit le trappeur à son ours avant de partir, Martin, je m'en vais et ne sais combien durera mon absence. Garde bien ma maison pendant ce temps-là, et, si tu as faim, fais briller tes talents de chasseur! Je n'ai pas besoin de t'en dire davantage...
Et l'intelligent animal, comprenant sans doute l'importance de sa mission, s'était assit gravement sur le seuil de la hutte, suivant d'un oeil mélancolique son maître qui s'éloignait.
Les premières heures de marche furent silencieuses. Le Marcheur, se souvenant de sa récente attaque, avait fait prendre à ses compagnons la file indienne et inspectait minutieusement les environs. Chaque touffe de hautes herbes, chaque roche, chaque arbre était exactement interrogé par lui.
--Pardieu! dit tout à coup le marquis, si nous marchons ainsi nous n'arriverons jamais. A quoi bon toutes ces lenteurs?
--A sauver peut-être notre vie et, à coup sûr, notre chevelure, dit le trappeur. Quand on marche dans le désert, il ne faut jamais laisser rien de suspect derrière soi.
Cependant, comme malgré la minutie de ses recherches il n'apercevait rien de suspect, le trappeur finit par se relâcher un peu de sa surveillance, et après la halte du déjeuner les trois hommes marchaient de front, le fusil nous le bras et causant gaiement pour abréger la longueur de la route.
--Vous croyez que les Indiens nous recevront amicalement? demanda Raoul.