--Les bisons venaient du nord-est, direction où se trouve le lac. Or ces animaux n'ont pas l'habitude d'émigrer en cette saison; les pâturages sont abondants à cette époque et aux abords des lacs plus que partout ailleurs; ils ont donc fui devant un ennemi quelconque.
--Peut être des animaux de proie?
--Bah! quels animaux de proie? l'ours gris? mais le grizzly vit solitaire et n'oserait attaquer seul un troupeau de bisons. Les loups? Pas davantage. Non, les bisons fuient devant des hommes.. Or les bords du lac sont comprit dans le territoire de chaut des Yakangs et nulle tribu voisine n'oserait violer ce domaine.
--Vous en concluez?...
-Que la Flèche-Noire et ses guerriers sont en chasse, et, par conséquent, absents de leur village. Mais qu'à cela ne tienne; nous attendrons son retour, voilà tout, et rien ne nous empêche de faire la sieste à l'ombre des roseaux qui nous ont servi d'embuscade.
--C'est juste, ajouta Thémistocle en s'étendant sur le sol et fermant les yeux.
--Attention! dit tout à coup le Marcheur, voilà une force humaine, là bas, sur l'autre rive: c'est un Peau Rouge; il fait mine de vouloir passer le fleuve... Faisons silence et laissons-le venir; nous saurons ainsi ce qu'il veut.
En effet, un Indien, peint et armé en guerre, apparaissait sur la rive opposée. Après quelques minutes d'hésitation, il entra résolument dans l'eau et traversa le fleuve à la nage.
A peine avait-il abordé que le Marcheur, quittant son abri de roseaux, vint se camper au milieu de la plage, bien en vue, le bras appuyé sur sa carabine.
L'Indien, surpris de l'apparition, s'arrêta également et considéra attentivement le trappeur; puis, levant la main droite et courbant la tête, il continua d'avancer.