Le sorcier veillait, allant et venant, courant d'une case à l'autre, composant à l'aide de plantes connues de lui seul, un baume propre à cicatriser les blessures du malade. De temps en temps, interrompant son travail, il jetait un regard ébahi sur Thémistocle endormi. Evidemment le nègre intriguait Peau-Rouge. Il vint un moment où le sorcier cédant aux sentiments qui l'agitaient, s'approcha doucement de Thémistocle, et s'agenouillant devant lui, il murmura une fervente prière.
Fleur-de-Printemps veillait aussi. Immobile, gracieusement accroupie sur une peau de bison, ses yeux demeuraient obstinément fixés sur le visage de Raoul. Mille sensations, mille sentiments inconnus l'agitaient. Au milieu du silence de la loge, elle semblait écouter,--quoi?--qui sait? sans doute ces voix douces et mystérieuses qui voltigent autour des oreilles de quinze ans et qui chantent en choeur la joyeuse chanson de l'amour du printemps.
IX.--L'ADOPTION.
Cependant la Flèche-Noire, averti par le messager du Castor, s'était hâté de retourner à son village, l'âme en proie à de sinistres pressentiments. A mesure que la distance dimunuait et qu'il découvrait sur la terre les traces des Enfants perdus, les dernières lueurs d'espoir qu'il conservait encore s'évanouissaient.
Au point du jour il arrivait près du village, et la première personne qu'il apercevait était l'Abeille accourant vers lui les bras ouverts.
Malgré l'impassibilité dont il ne se départait jamais, à la vue de sa femme, la Flèche-Noire poussa un vrai rugissement de joie.
--Un ami, dit-il, est venu vers la Flèche-Noire au bord des lacs et lui a annoncé qu'un grand danger menaçait son village. Sa langue est donc menteuse?
--Le messager a dit vrai. Les Enfants perdus ont surpris le village pendant la nuit comme des chiens peureux.
--Et Fleur-de-Printemps? demanda anxieusement le chef cherchant des yeux sa fille au milieu de ceux qui l'entouraient.
--Sauvée!...