«1° Un titre régulier;
«2° Une entrée en possession avec une longue jouissance sans contestation.
«L'année 1793 ouvre entre les deux nations une période de guerre, interrompue par la courte paix d'Amiens et terminée après vingt-trois ans, par le traité de 1815. Pendant cette longue lutte, les droits de pêche des Français sur Terre-Neuve furent nécessairement suspendus. Nous voyons cependant qu'à chaque négociation avec l'Angleterre, ils le revendiquèrent avec énergie. Car le traité d'Amiens en 1801, celui de 1814 et celui de 1815 leur rendent invariablement la situation dont ils jouissaient en 1792, c'est-à-dire le bénéfice des clauses stipulées en 1783. On raconte qu'en 1815, l'Angleterre, voulant tirer de Waterloo un avantage matériel, résolut d'enlever à la France une de ses dernières possessions coloniales, et donna le choix au gouvernement de Louis XVIII entre les îles Saint-Pierre et Miquelon avec la pêcherie de Terre-Neuve et l'île de France, actuellement île Maurice. Le duc de Richelieu, fort bien inspiré, suivant nous, opta pour les pêcheries d'Amérique. Par suite, le monopole français fut restauré dans son intégrité primitive, et l'Angleterre mit un scrupule méritoire à le respecter.
«...Mais une difficulté d'un genre tout nouveau attendait les Français dans l'exercice de leur droit: c'était l'opposition même de la colonie. Terre-Neuve s'était beaucoup développée depuis la fin du dix-huitième siècle. Elle ne put voir sans un dépit violent et fort naturel le rétablissement d'un monopole qui l'arrêtait dans son expansion. Il était dur pour ses pêcheurs de s'interdire l'exploitation de baies poissonneuses, et de ne pouvoir même élever de constructions sur de certaines côtes, par suite d'arrangements entre deux puissances éloignées. N'étaient-ils pas, après tout, les propriétaires; or, par conséquent, les maîtres du sol?»
M. Shea, rêveur.—Oui, oui!
«Qu'étaient-ce que les Français, sinon des étrangers et par conséquent des intrus? Telle a été la logique de la presse et de la législature de Terre-Neuve depuis soixante ans. C'est celle de tous les Américains en général qui ont bien permis à l'Europe de consacrer à leur service son argent, ses armées et ses flottes, mais qui trouvent exorbitant qu'elle ose, de loin en loin, limiter leur liberté d'action.»
Mon ami, tout bas.—Attrape!
«À partir de ce moment, Terre-Neuve présente un phénomène singulier, à savoir: une divergence de vues entre la colonie et la métropole sur la valeur et sur l'application des traités. L'Angleterre ayant conscience de ses promesses, respecte les droits de la France et s'efforce d'en assurer l'exercice. Les colons de Terre-Neuve protestent, inventent une théorie limitative du traité de Versailles, et prétendent l'imposer à la diplomatie officielle. Sourds aux avis de l'administration et des autorités maritimes, ils s'obstinent à traiter les Français en usurpateurs, abrogent de leur chef la déclaration annexe, et veulent délier l'Angleterre de ses engagements.
«Cette union s'accentue, pour la première fois, dans un document fort curieux, et que le rapport de l'Institut colonial omet discrètement et pour cause: nous voulons parler d'une proclamation de sir Charles Hamilton, gouverneur et commandant en chef de l'île de Terre-Neuve et de ses dépendances, datée du 12 août 1822.
«...Voici cette proclamation: