Mais les habitants de Saint-Jean furent cruellement atteints dans leur amour-propre. Être obligé de solliciter le secours des soldats anglais lorsqu'on avait jadis demandé et obtenu le renvoi des garnisons de la métropole, quelle humiliation!
Et songer que jusqu'ici on négligeait de fermer sa porte le soir et de s'armer pour voyager la nuit, parce que l'on ne craignait ni les voleurs ni les brigands.
La Cour suprême chômait. Ses juges palpaient de gros appointements pour ne rien faire.
C'était dommage, du reste, qu'une magistrature si bien organisée fût ainsi abandonnée des criminels.
Maintenant ils ont soufflé la vieille poussière de leurs codes, et ils vont enfin user leur première perruque.»
Après s'être arrêté un instant pour sourire et laisser sa phrase produire tout son effet, le juge Carlston reprit:
«Je ne parle, bien entendu, que de la Supreme Court, celle qui fut créée en 1826 par promulgation d'une charte royale. Elle est composée d'un chef de la justice et de deux juges assistants, nommés par la couronne. Le Chief of Justice a rang immédiatement après le gouverneur. C'est lui qui doit remplir la charge d'Administrator of the Government of the Colony, et celle de juge de la Vice-Admiralty Court lorsque ces emplois sont vacants.
«La Supreme Court siége deux fois par an à Saint-Jean. Outre cela, elle fait des tournées dans l'île aux lieux et époques fixés par le gouverneur.
«Le traitement du chef de la justice est de cinq mille dollars. Celui de juge assistant est de quatre mille.
«Il y a encore deux autres cours, celle du Labrador, qui a juridiction civile et criminelle sur toute la partie du Labrador qui dépend du gouvernement de Terre-Neuve, et la Central District Court, qui siége, quand besoin est, dans Saint-Jean, pour l'instruction des causes civiles du district. Ses deux juges sont nommés par le gouverneur en conseil, et touchent chacun deux mille dollars. Enfin, il y a un sheriff pour chaque district judiciaire de l'île.