«Vous voilà maintenant au courant de la situation.
«Ah! cependant, non; pas encore, car le plus beau de l'affaire est que notre traitement est à vie. Quand nous avons pris notre retraite, nos appointements continuent à nous être versés comme si nous étions en activité.»
Ici nous fûmes interrompus par un des convives qui, sur la prière de l'évêque, venait d'entonner une chanson. Plusieurs autres s'exécutèrent de même l'un après l'autre, pour la plus grande joie de Monseigneur. Mais l'un d'eux se distingua gracieusement en modulant d'une voix agréable: Montagnes des Pyrénées...
C'était le P. Galveston, un vieil ami, prêtre de la cathédrale, artiste et parlant le français et l'italien.
Après dîner, je lui portai mes félicitations, et nous prîmes rendez-vous pour faire, le lendemain, une promenade ensemble.
Je viens à peine de le quitter. Nous avons été au village de Quidividi. Rien de plus romantique que ce nid de pêcheurs.
On longe d'abord le lac de Quidividi dans toute sa longueur, et, à son extrémité, on franchit un torrent qui a à peine le temps de murmurer un court refrain avant de disparaître dans l'eau salée. À première vue, il semble que c'est dans un second lac qu'il se jette pour s'en réchapper ailleurs plus turbulent.
Point du tout; c'est la mer, c'est le gouffre, c'est le tombeau.
Mais le joli tombeau! creusé à grandes entailles dans le granit. L'Océan, qui pénètre dans cette anse mignonne par on ne sait quelle invisible porte, s'attarde au sein des rochers, calme et limpide comme le cristal d'une source. À droite, les plates-formes de branches mortes où sèche la morue, se penchent au-dessus de l'eau, montées sur leurs échasses de bois.
Dix à douze maisonnettes de pêcheurs,—tout le village,—élèvent en arrière leurs murailles blanches et propres, coiffées d'ardoises. Elles s'appuient au dos de falaises, d'abord enfouies sous un épais fourré de plantes et d'arbrisseaux fleuris de toutes les couleurs de l'arc-en-ciel, puis découvrant plus loin un front chauve que la nature a marqué de violentes cicatrices.