Au milieu, tout au fond, sur l'eau blanche et bleue, une barque jette une tache noire qui glisse silencieuse vers la rive où elle va déposer le produit de sa pêche. Et toujours on se demande où est cet océan invisible et si vaste d'où arrive ce petit bateau, et qu'un rocher suffit à masquer.

Pour y atteindre il faut contourner la falaise, et l'on n'aperçoit la vague verte et perfide que lorsqu'elle vous emporte.

Quidividi! nom étrange, à la fois poétique et barbare. Le P. Galveston, qui cherchait avec acharnement à établir l'étymologie et l'origine des noms, tous plus ou moins baroques, de son île, répétait avec désespoir ce nom vibrant comme un chant d'oiseau.

J'ai su depuis qu'il avait un sens en bas breton.

Une fine senteur de morue fit changer le thème de notre conversation.

La morue! ce poisson si délicieux, si délicat, si savoureux! j'ai bien envie de dire: le meilleur de tous, et pourtant si calomnié.

Une morue de trois ans, blanche et grasse, et dont la chair se détache par écailles gonflées et savoureuses, éternel regret de ceux qui ont été à Terre-Neuve, et qui, en nul autre lieu, ne sauraient parvenir à retrouver une sensation gastronomique dont ils ne gardent plus que l'exquise souvenance!

Il est vrai que l'odeur qui s'exhalait des rivages de Quidividi venait de la morue séchée au soleil, et j'avoue qu'en cet état, ce noble poisson est beaucoup moins séduisant.

Comme la barque approchait, nous l'attendîmes pour assister au déchargement de la morue et à sa préparation.

Aussitôt que la barque se fut arrêtée, le dory (petit bateau) amarré à son arrière vint se ranger à bâbord. Le produit de la pêche fut mis à terre et transporté à la maison du pêcheur.