Bien séchée, la morue est transportée sur les calles des commerçants qui en font un triage de quatre qualités diverses.

Il y a environ quarante morues par quintal, et le quintal vaut, en moyenne, quatre dollars, soit vingt et un francs soixante centimes.

La pêche de la morue se pratique en trois endroits différents: sur les bancs de Terre-Neuve, sur les côtes de l'île de ce nom et sur une partie de celles du Labrador.

Le Grand Banc, situé à l'est de l'île, en plein Océan, mesure six cents milles de longueur et trois cents de largeur. C'est la véritable patrie, le home des morues. Là, elles abondent en quantité inépuisable. Et pourtant l'homme en détruit bien peu en comparaison du carnage qu'en font toutes sortes de monstres marins.

Malgré tout, il est impossible d'admettre un instant que le nombre des morues diminue. Depuis presque quatre cents ans qu'on les pourchasse dans ces parages, elles continuent à se montrer en abondance, et déjà la pêche s'annonce, pour cette année, plus rémunératrice que jamais.

La pêche des Bancs est faite presque exclusivement par les Français, un peu aussi par les États-Unis.

C'est un rude métier que celui de ces hommes qui jettent l'ancre en pleine mer, assez hardis pour faire halte entre le ciel et l'eau, hors de vue de tout rivage.

Là, presque toujours, une bise méchante secoue sans pitié le navire, vieux brick ou trois-mâts sur le retour, qui se soulève et retombe en gémissant, incapable de fuir devant l'ennemi.

Chaque matin les embarcations du bord, montées chacune par trois ou quatre hommes, partent à la recherche du poisson.

Mais combien de fois s'en vont-elles pour ne revenir jamais ou tout au moins pour échouer sur quelque rocher désert! En ai-je vu, de ces braves matelots auxquels la brume avait barré la route pour regagner leur navire! Dans leur frêle coquille, ils avaient lutté jusqu'à extinction contre la mer, la fatigue, le froid et la faim, jusqu'à ce que la fortune les ait enfin placés sur le passage de la goëlette ou du steamer qui les avait recueillis.