Puis ils venaient au consulat. La plupart du temps c'étaient des Bretons ou même des Normands qui s'exprimaient dans un français inintelligible. Seulement, hélas! leurs habits en lambeaux et leurs mains déchirées parlaient avec assez d'éloquence. Alors on leur donnait de l'argent pour aller manger, on les habillait et on les logeait, jusqu'à la première occasion venue pour les rapatrier ou les embarquer.

Mais ceux qui ne sont jamais revenus!

Lorsqu'en 1713, abandonnant Terre-Neuve aux Anglais, la France s'était réservé des droits de pêche sur une partie des côtes de l'île et sur les Bancs, elle considérait que ces expéditions, pleines de dangers et de fatigues, à la poursuite de la morue, étaient un merveilleux apprentissage pour les matelots parmi lesquels elle recrutait ensuite sa marine d'État. C'est ce qui fait que dans tous les traités antérieurs à celui d'Utrecht, la France s'est toujours montrée attentive à sauvegarder ces droits pour la conservation desquels elle lutte encore aujourd'hui.

Tous les ans, en avril, les navires français arrivent à Saint-Pierre-Miquelon. Là, ils débarquent les marchandises de tous genres qu'ils ont apportées de la métropole pour les commerçants de notre colonie, puis ils font leur provision de «boette» et partent pour la pêche.

La boette, autrement dit l'appât pour prendre la morue, varie selon les saisons.

La première pêche, celle de juin et juillet, qui est ordinairement la plus fructueuse, se fait avec le capelan. C'est un petit poisson blanc, très-semblable à la sardine et qui, au commencement de l'été, pullule sur les côtes de Terre-Neuve en telle abondance, qu'on le ramasse par charretées, et qu'on l'emploie aussi bien comme engrais pour fumer les terres que comme appât pour la morue.

Au bout de six ou sept semaines, le capelan disparaît, après avoir frayé.

La place est aussitôt prise par l'encornet. C'est un animal de la famille et de l'aspect de la sèche. On le pêche de la mi-juillet à la fin d'août, et dès qu'il commence à disparaître, des légions de harengs font le blocus de l'île jusqu'à l'hiver.

Ce dernier poisson constitue un mets très-délicat, et on l'expédie en grande quantité au Canada et aux États-Unis, conservé dans la glace.

Nos navires des Bancs partent donc d'abord approvisionnés de capelan. Puis, quand cette boette est épuisée, ils rentrent à Saint-Pierre déposer le produit de leur pêche chez leurs armateurs. La morue, déjà salée, est mise à sécher à terre. Il faut alors se munir d'encornet et repartir. À la fin d'août on revient encore débarquer cette nouvelle pêche, qui subit le même sort que la précédente.