En concentrant son attention sur sa vie refaite afin d’en vérifier l’ordre et l’éclat, il la reconnut telle qu’il l’avait goûtée, mais s’aperçut qu’une ombre y était jetée par son fils. Claude atteignait alors sa huitième année. Sa mère n’avait trouvé, dans son désespoir, que cet enfant idolâtré à chérir plus fort. Mais, le voulant heureux surnaturellement, elle l’avait rendu despotique. On ne pouvait lui refuser une satisfaction, le contrarier dans ses penchants ou dans ses caprices, sans le révolter, l’indigner, le jeter tout aussitôt dans de vives colères. Il savait à peine lire, écrivait mal, ne connaissait un peu que le catéchisme, enseigné mot à mot, comme une prière, et retenu machinalement sans y rien comprendre : tout effort, au demeurant, le trouvait rebelle et il ne montrait de curiosité d’aucune sorte.
Quand Georges proposa de le mettre au collège, il pensa que sa femme allait défaillir. Elle ne lui fit aucun reproche, mais elle devint pâle et, arrêtant sur lui un regard de victime, lui demanda avec douceur s’il voulait la tuer.
Il eut alors l’idée d’une institutrice. Quelque fille énergique, persévérante, de bonnes manières et suffisamment diplômée, assouplirait ce caractère raidi dans l’orgueil, cultiverait cette intelligence paresseuse. Denise, toute au désir de garder son fils, convint qu’il lui fallait une direction ferme et accepta la solution qui le lui laissait. Mais lorsqu’il fut question de l’appliquer, elle ne s’y employa qu’avec nonchalance. Tout un trimestre fut perdu en hésitations. Elle ne pouvait se décider à partager Claude malgré certains soucis qu’il lui donnait, les discussions fréquentes dont il était cause et son impuissance établie à le gouverner.
Georges s’impatienta et chercha lui-même. Dix jours après Mlle Dimbre arrivait à Aix.
III
— Obéissez, petit sot, reprenez ce livre ! intima la voix sèche de la gouvernante.
Une réplique confuse de l’enfant, que l’on entendit piétiner, en pleine rébellion, fut suivie du claquement d’un violent soufflet.
— L’horrible fille ! cria Denise. Elle a battu Claude !…
Elle bondit de la chaise où elle travaillait, s’approcha de la fenêtre, ouverte au midi, par où se propageait dans l’appartement un bruit de sanglots, puis, semblant tout à coup se décider, traversa le bureau d’un pas rapide.
— Alors, demanda Georges, que vas-tu faire ?