Ils se remirent en marche, elle avec eux, d’un pas qu’elle s’efforçait d’accorder au leur, mais ayant peine à se mouvoir et plus ébranlée qu’après un coup reçu en pleine poitrine. Lola, de son côté, se sentait gênée. Elle avait vu se contracter les traits d’Elpémor et craignait qu’il ne la rendît responsable de la blessure causée à son amour-propre. Quelle serait sa conduite le jour suivant ? Chercherait-il à l’éviter, feindrait-il l’oubli, marquerait-il une allusion au sot épisode par ce sourire impertinent qu’elle lui connaissait ? Si son regard se détournait d’elle trop longtemps, il lui parut soudain qu’elle pourrait souffrir.
Un grand besoin de solitude les poussait au gîte. La maison les aspira dans sa profondeur comme des objets sans grâce qu’il faut cacher. Ils gravirent l’escalier, se suivant de loin, par crainte de rencontrer sur la rampe usée une main dont le contact leur aurait déplu. Leurs pas désassemblés sonnaient lourdement. Aussitôt sur le palier, ils se séparèrent.
Georges était sur le point de se mettre au lit lorsque Denise entra sans avoir frappé. Son visage exprimait la résolution. Elle s’appuya de la main au dossier d’une chaise et, sur un ton qu’elle s’efforçait de rendre énergique :
— Mon ami, dit-elle, je désire que tu signifies son congé à Mademoiselle Dimbre.
— N’es-tu pas folle ? demanda Georges en la regardant.
— Je pourrai le devenir, répondit Denise, mais je t’assure que pour l’instant je ne le suis pas.
Il haussa les épaules, se mit à siffloter un air de valse et continua paisiblement sa toilette de nuit.
— Tu ne te rends pas compte, reprit-elle en baissant la voix, du martyre que me fait endurer cette fille. Depuis qu’elle est ici, je ne vis plus ! Si tu as encore pour moi la moindre affection, tu la renverras demain matin et nous mettrons auprès de Claude une autre personne.
Un sourire plein d’ironie accueillit sa plainte.