— Georges, supplia Denise, réponds-moi !
Il prononça d’un air excédé :
— J’ai déjà eu l’occasion de répondre un jour : je n’ai pas à revenir sur ce que j’ai dit.
Ayant allumé une cigarette, il se dirigea vers une étagère chargée de livres et parut s’appliquer à en choisir un. Sa femme, déconcertée, le regardait faire. Elle n’avait pas prévu cette indifférence et l’interpréta comme le signe d’une passion secrète contre laquelle tous ses efforts viendraient se briser. Brusquement, se laissant tomber sur une chaise, elle fondit en larmes.
— Que tu es insupportable ! s’écria Georges.
Il se mit à parcourir la chambre à grands pas, faisant claquer derrière son dos ses doigts énervés. Rien ne l’impatientait comme les scènes touchantes. Les paroles que balbutiait Denise en pleurant se morcelaient au rythme de ses sanglots comme un paquet d’étoupe ou de joncs fauchés aux flots bondissants d’une cascade. Dans un désordre, une confusion qui parurent à Georges écœurants, tant de griefs accumulés lui montaient aux lèvres qu’elle semblait en passe d’étouffer. Elle reprochait à la fois à l’institutrice l’ascendant qu’elle avait su prendre sur Claude et les moyens par lesquels elle l’avait acquis, sa dissimulation et son impudence, son indifférence et son zèle, les airs qu’elle se donnait, les corsages qu’elle portait et jusqu’aux expressions dont elle se servait.
— Maintenant, c’est toi qu’elle veut ! gémit-elle soudain en se cachant la figure dans ses mains tremblantes.
Georges s’arrêta net et pâlit un peu.
— Déraisonne à ton aise, dit-il d’une voix sèche, mais dispense-toi de me mêler à tes inventions !
Elle craignit sa colère et s’expliqua. Les intentions de l’étrangère étaient seules en cause. La loyauté de son mari, ses sentiments même ne faisaient pour elle aucun doute, mais les assauts qu’on leur livrait lui semblaient certains. Elle n’en voulait pour preuve que cette excursion, où l’intrigante, le talonnant dès les premiers pas, avait bientôt fini par l’accaparer, et cette récitation au bord du ruisseau destinée à le flatter dans son amour-propre.