L’esprit indépendant qu’elle brimait ainsi ne s’inclinait pas sans gronder. Régulièrement, à chaque épreuve, en cherchant la cause, ou bien la devinant et s’en irritant, Elpémor, entre les murs que reliait son pas, subissait dans sa fierté de viriles révoltes. Mais si parfois il s’y mêlait des résolutions, elles n’étaient suivies d’aucun acte. Il se couchait gonflé de haine envers sa maîtresse, se promettant, au jour, de l’en accabler, et s’éveillait, la chair à ce point timide qu’il appréhendait leur rencontre. L’impertinent sourire avait à peine lui que déjà les félicités espérées pour la nuit suivante l’éblouissaient littéralement comme une danse de flammes. L’orgueil lui revenant avec la confiance, sa rancune se tournait contre Denise, cause innocente, mais effective, de l’affront subi : il maudissait alors en elle toutes ses déceptions et lui reprochait d’exister.
Lola s’en rendait compte. Elle lui dit un soir :
— Si jamais, quelque jour, je vous quittais, j’ai l’impression que vous ne m’en voudriez presque pas, mais que vous divorceriez par vengeance !
Il en convint et ajouta de sa voix sérieuse :
— Plus j’ai le bonheur de vous aimer, plus la contrainte où nous vivons m’est insupportable !
— Que voudriez-vous faire ? lui demanda-t-elle.
— Partir avec vous ! répondit Georges.
Elle laissa tomber le propos. Mais, de lui-même, il le reprit quelques jours après, la conjurant de se prêter à leur évasion. Appuyée de l’épaule au traversin, la nuque fléchie comme sous le poids de ses lourds cheveux qu’un ruban rose et noir lui serrait aux tempes, Lola se délectait à l’observation du brillant visage passionné. Les paroles en sortaient comme une musique. Elle le saisit entre ses mains et finit par dire :
— Vos projets sont délicieux. Je vous crois sincère. Mais de quoi vivrions-nous, mon pauvre chéri ?
— Je travaillerais ! protesta-t-il.