— Comment tu n’en prends pas ?

— Jamais, maman !

— Mon Dieu, mon pauvre loup, comme tu es soigné !

Ils devinèrent qu’elle circulait à travers la pièce et s’arrêtait, à l’autre bout, devant la commode où elle fit tinter une cuiller. Une minute s’écoula dans un grand silence. La gouvernante, par une hypocrite précaution, laissait ouverte tous les soirs la porte commune qui donnait, de sa chambre, accès chez Claude ; Georges était au courant de cette pratique, et tous deux, appuyés contre la cloison, s’évertuaient anxieusement à conjecturer si Denise allait la franchir.

Celle-ci reprit enfin en se rapprochant :

— Je ne veux pas éveiller Mademoiselle… Avale ça, mon Bouzou, et rendors-toi !

Quand elle eut embrassé Claude et qu’elle l’eut quitté, les amants, redressés, mais immobiles, mesurèrent l’intensité de leur émotion à la façon profonde dont ils respirèrent. Leurs yeux, encore troublés, se cherchaient dans l’ombre, tandis que de leurs paumes étroitement pressées commençait à sourdre une moiteur. Ils regagnèrent la chambre au bout d’un instant et se recouchèrent sans avoir allumé la lampe.

Georges ricanait nerveusement.

Lola lui dit :

— Claude est un indiscret doublé d’un sot. Je lui apprendrai demain matin à tenir sa langue !