Denise le caressa, lui prit la main et suspendit au dossier d’un banc son cerceau.

— Mademoiselle est en train de faire sa toilette : nous serons certainement de retour quand elle descendra.

Il la suivit de mauvaise grâce, contractant ses muscles, les yeux braqués sur la fenêtre aux volets mi-clos où il craignait que n’apparût l’impérieux visage. Des défenses de toute nature qui lui étaient faites, celle de sortir avec sa mère était la plus stricte. Et il venait de recevoir une telle correction qu’il en avait encore la chair toute brûlante. Denise, que déchirait le violent combat qui se livrait à cet instant dans l’âme de son fils, essaya par des promesses d’en briser l’action.

— Nous passerons devant la boutique aux sucres d’orge et je t’achèterai le plus joli ! dit-elle en s’efforçant d’assurer sa voix qu’une poignante émotion faisait trembler.

Il secoua la tête et repartit :

— Pourvu que Mademoiselle ne me cherche pas !

— Tu as donc bien peur d’elle ?

— Oh ! oui, dit Claude.

La grande route piquait droit, blanche de soleil, vers les premières maisons du village de Luynes en-deçà desquelles une arche de briques l’enjambait. Une voie étroite et poussiéreuse courait sur sa gauche. C’était celle du tramway d’Aix à Marseille. De l’embouchure du sentier qu’ils avaient suivi, la station n’était guère éloignée que de cinq cents mètres. Denise fut prise de peur, au sortir de l’ombre, en s’engageant sur cette route nue, complètement déserte, où elle était facile à voir et à rattraper. Le sac de toile, que cependant elle emportait toujours dans ses courses, lui semblait un indice compromettant. Et maintenant qu’elle se croyait à demi sauvée, elle n’avait plus sur ses nerfs assez d’empire pour modérer son impatience et régler son pas. Obligé pour la suivre de courir presque, Claude levait parfois vers elle des yeux étonnés et toujours la surprenait le visage tendu. Sa main gauche lui faisait mal tant elle la serrait. Comme aspiré par le sillage du corps impétueux, il cédait au vertige de cette vitesse que l’humeur despotique de sa gouvernante l’avait habitué à subir quand elle le ramenait à la maison mécontente de lui, mais ne pouvait comprendre et n’admettait pas qu’il lui fût imposé par sa mère.

Dans la rue du village, devant une boutique, il essaya de ralentir la marche irritante.